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RENCONTRE
Virginia Rodrigues

NOTRE SELECTION
Electronica brésilienne

PURE BREIZH
Nolwenn Korbell raconte son prodigieux parcours de nouvelle sensation du chant breton.

Il est des voix, comme celles de Nolwenn Korbell, qui vous marquent dès la première écoute. Après plusieurs années passées au Pays de Galles, des expériences croisées au théâtre et à la télévision, la séduisante Cornouaillaise signe N'eo ket echu/C'est pas fini, un premier album d'une sensibilité bouleversante. Découverte lors d'un passage au festival des Tombées de la nuit de Rennes, Nolwenn Korbell devient très vite l'une des grandes révélations armoricaines, remportant successivement le Prix du meilleur CD 2003 décerné par France 3 Ouest et le Grand prix du disque Produit en Bretagne 2004. Invitée au concert de la Saint-Patrick à Bercy, la chanteuse du bout du monde dévoilera en compagnie de ses musiciens, et devant un tout nouveau public, l'étendue infinie de sa palette vocale. Il est des mots qui racontent en breton des histoires fantastiques et des amours improbables. Pour Nolwenn Korbell, rien n'est fini, cela vient même de commencer.

D'où vient cette passion pour le chant et le travail de la voix en général ? Très jeune, j'ai entendu chanter ma mère (Andréa ar Gouilh est l'une des grandes voix de Bretagne, ndlr). Je me rappelle surtout du sens de ses chansons. Ces histoires chantées, issues pour la plupart du Barzaz Breizh (1), m'impressionnaient énormément. Elles faisaient en permanence appel à mon imaginaire. Il y avait des chants d'amour, des histoires impossibles, comme celle de cette femme qui élève un enfant de cire entre sa peau et sa chemise.

Est-ce pour cela que vous avez tenu à interpréter dans votre album une chanson traditionnelle Deuit ganin me/Viens avec moi ?

Ma mère, tout comme les soeurs Goadec la chantait. Je voulais montrer que mon inspiration ne vient pas de nulle part, que mes chansons sont contemporaines, mais quelles sont aussi ancrées dans la tradition.

Pourquoi vous êtes-vous tout d'abord orientée vers l'art dramatique ?
J'ai toujours vécu en parallèle le chant et le théâtre. Quand j'interprète un texte parlé, c'est effectivement du théâtre, mais lorsque j'interprète un texte chanté, cela devient de la musique. Un moment, je me suis demandé s'il fallait que je choisisse entre la musique et le théâtre. En fin de compte, je me suis dit que je pourrai toujours chanter dans une pièce.

Qu'est-ce qui vous a amenée adolescente à doubler des dessins animés en breton ?
Je suis originaire de Douarnenez. La ville est depuis longtemps réputée pour son esprit moqueur et festif. C'est ainsi qu'il existait la Nuit des Raouls, un pastiche de la Nuit des Césars. Le principe était de décerner un artichaut d'or au film le plus nul de l'année. Il y avait des sketches, et on m'avait demandé de faire un des personnages qui allait rechercher son trophée. Youenn Gwernig (2) était cette année-là président du jury. Mais, il était surtout à l'époque directeur des émissions en langue bretonne. En 1984, FR3 a acheté la première série de dessins animés gallois à doubler en breton. Youenn Gwernig a alors pensé à moi pour la voix féminine.

Comment avez-vous réagi au succès de votre disque (Prix du meilleur disque de l'année décerné par France 3 Ouest, Grand Prix du disque Produit en Bretagne 2004) ?

J'ai été agréablement surprise ! Ce n'était pas évident de recueillir l'adhésion du public et de la presse avec un premier disque. Au départ, j'ai beaucoup douté. En effet, je proposais des chansons en breton qui n'avaient jamais été interprétées. La chanson traditionnelle paraît parfois moins risquée en Bretagne. J'ai été en fait très contente de voir que la création pouvait générer autant d'enthousiasme.

Pour quelle raison avez-vous composé un album entièrement en breton ?
Je ne me suis même pas posée la question. Le breton est ma langue maternelle et je le pratique en permanence chez moi avec mon fils. Le breton exprime en quelque sorte ma personnalité. C'est d'autant plus vrai quand il s'agit d'écrire.

Votre phrasé est très pur. Faites-vous attention à être comprise par tous les bretonnants ?
J'apporte beaucoup d'attention à la diction ; cela vient certainement du théâtre. J'ai vraiment envie que l'on entende mes mots et mes histoires. C'est pour cela que mes chansons sont écrites avec des mots simples. Sur ce point, je me suis inspirée du poète et chanteur Bernez Tangi, qui a d'ailleurs signé la préface de mon album.

De quoi parlent vos textes, par exemple Son ar plac'h n'he doa netra/Chanson de la fille qui n'avait rien ?
Cette chanson part d'un thème traditionnel qui existe dans plusieurs coins de Bretagne. Elle s'inspire d'une comptine faite pour apprendre aux enfants sur chaque jour de la semaine les cris des animaux. A partir du mercredi, j'ai décidé de faire vriller la chanson, un peu comme si la fille avait pété un plomb. Tout d'un coup, elle se met à acheter quelque chose qui ne s'achète pas. Cette chanson en forme de parabole, démontre surtout que ce qui fait le sel de la vie n'est pas négociable.

Comment abordez-vous votre participation au concert de la Saint Patrick ?
Au départ, je devais simplement chanter avec Gilles Servat. En fait, je suis très contente d'apporter ma couleur à la soirée. C'est vrai que mon premier disque est sorti, il y a à peine un an, et qu'il y a quelque chose de formidable à chanter avec tous ces beaux artistes. C'est aussi l'occasion de faire entendre, ma langue maternelle à Paris. Le danger aurait peut-être été que cela tourne une nouvelle fois autour des mêmes. C'est bien de la part de l'Interceltique de me faire une petite place.

Vous avez vécu de longues années au Pays de Galles. Que représente pour vous la notion "d'interceltisme" ?
Très jeune, j'ai vécu " l'interceltisme " en compagnie de ma mère. Je la suivais en tournée au Pays de Galles, en Irlande et en Écosse. J'ai de souvenirs très chaleureux de soirées avec des Gallois, des Irlandais, et des Écossais qui chantaient chacun dans leur langue. Nous avions en commun le désir de nous lever et de transmettre simplement notre culture aux autres. Rien que pour cela, je suis heureuse de participer au concert de la Saint Patrick.

En dehors de Bercy, quels sont vos projets artistiques ?
Je recommence à travailler une pièce de théâtre à partir de mi-janvier qui sera créée à Niort, les 1 er , 2 et 3 mars et puis jouée à Antony en région parisienne, du 9 au 22 avril.

Allez-vous continuer à pratiquer le chant, le théâtre, la synchronisation télé ?
Toutes ces disciplines font désormais partie du métier que j'ai choisi de faire. Disons que je fais un travail global sur la voix. Elle est à chaque fois sollicitée dans tout ce que je fais, que ce soit en concert, au théâtre ou dans un studio de doublage.

Pensez-vous déjà au deuxième album ?
Bien sûr. Je suis d'ailleurs en train d'écrire de nouvelles chansons.


Propos recueillis par David Raynal

Album : N'eo ket echu (Coop Breizh), déjà sorti.

(1) Barzaz Breizh : du nom d'un recueil de chants très célèbres qui furent collectés et publiés par Hersart de la Villemarqué en 1839. le Barzaz Breizh est le document de référence de la culture bretonne. Il rassemble quatre-vingt-dix textes répartis en trois catégories, gwerzioù (complaintes), sonioù (chants gais) et kantikoù (chants religieux).
( 2) Youenn Gwernig : chantre de la " Breizh Génération ", il est né à Scaër (29) en 1925. Youenn Gwernig est d'abord sculpteur au Huelgoat. Émigré aux Etats-Unis, il se lie d'amitié avec Jack Kerouac. Rentré en Bretagne en 1969, il lutte pour la survie du breton et devient l'un des acteurs principaux du renouveau de la culture régionale durant les années 70. Son roman autobiographique La Grande tribu évoque ses années américaines.



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