pixel
  pixel
WORLD > RENCONTRE pixel
   LE MAGAZINE
  Place Publique
Figure Off
Figure In
Brèves
Rencontre
Patrimoine
Carrefour
Gout

   CULTURE
  Livres
Cinéma
DVD

   EVENEMENTS
  Rencontre
Concerts
Expo

   PROFESSIONNELS
  Annonceurs
Nous contacter
Mentions légales

 
RENCONTRE
Virginia Rodrigues

NOTRE SELECTION
Electronica brésilienne

LA DAME D'ACADIE
Perdue de vue ces derniers temps, Edith Butler, chantre de la culture acadienne, est de retour en France pour une série de concerts savoureux.

Fille de la neige et du vent, Edith Butler est née à quelques kilomètres de la mer, sur une terre francophone d'Amérique du Nord que l'on appelle l'Acadie. Héritière d'une longue tradition orale, elle préserve depuis plus de trente ans en chansons la mémoire collective de son peuple. Pays sans frontières, la mythique " Arcadie " des premiers navigateurs français s'étend aujourd'hui sur les quatre provinces maritimes du Canada Atlantique. Originaires du Poitou, de Normandie mais aussi de Bretagne, les Acadiens possèdent des ramifications bien vivantes au Québec, en France et bien sûr en Louisiane. Longtemps seule ambassadrice d'une nation fantôme, Edith Butler puise son énergie communicative dans l'extraordinaire appétit de vivre des Acadiens. Au XVIIIe siècle, la cession de ce territoire français à l'Angleterre s'est traduite par un véritable traumatisme collectif. De 1755 à 1763, l'épisode du Grand Dérangement aboutit à la déportation par les Anglais de plus de la moitié de la population vers les colonies américaines, l'Angleterre et la France. Les Acadiens qui subissent l'une des premières formes modernes de purification ethnique sont dépossédés de tous leurs biens et regroupés sur les vallons fertiles de Grand-Pré en Nouvelle-Ecosse. Les survivants atterrissent en Louisiane, où ils forment la communauté cajun, mais aussi à Belle-Ile en Bretagne, ou encore aux Iles Falkland (Malouines) sous la conduite de Bougainville. " Ce qu'il y a d'extraordinaire, c'est que les Acadiens ont tout de même réussi à survivre, raconte Edith Butler. Après la déportation, ils se sont enfuis dans les bois avec l'aide des Indiens Micmac. Ils ont réussi à revenir sur leurs terres. Ils ont marché sur les villes anglaises pour réclamer et obtenir des titres de propriété. Dans la province du Nouveau-Brunswick à 40 % francophone, le droit à la langue ne fut reconnu qu'en 1970, et c'est seulement en 2003, que nous avons réussi à avoir des municipalités bilingues ".

Edith Butler est à l'image de ses chansons, Paquetville, Bois-Joli, La Bastringue, sincère et généreuse. Son vingt-septième album Madame Butlerfly - Légendes intemporelles est un fabuleux voyage au pays des racines. Admirablement orchestrées par Catherine Lara, ce sont douze plages oniriques qui survolent mille ans d'histoire acadienne, de la France à l'Irlande en passant par l'exil louisianais et les rythmes incantatoires des Indiens d'Amérique. " Je connais Catherine depuis 1973", se souvient Edith Butler. Madame Butlerffy est un album de rupture qui nous a pris cinq ans. C'est une échappée entre l'Amérique et l'Europe, la modernité et la tradition ". Aux confins de tous les territoires, Edith, signe après huit ans d'absence, un album d'une rare sensibilité, où se côtoient sur fond de nappes synthétiques, comptines de France et psalmodies algonquines. "Il existe mille et une façons d'interpréter A la Claire fontaine, dit-elle. C'est la même chose pour Les Prisons de Nantes. La version qui figure sur l'album provient de la province du Madawaska, au Nouveau-Brunswick. Elle a été retrouvée dans les années 40 par l'ethnologue canadien Luc Lacoursière. Le titre fut ensuite enregistré et conservé à l'Université Laval de Québec. Louise Forestier a écouté cette version dans les années 70, les Tri Yann aussi." Fière de ses origines amérindiennes, l'ethnologue, qui batît seule des églises dans son jardin, n'en défend pas moins la langue des " maudits français " : " C'est vrai qu'il y a eu beaucoup de mélanges avec le peuple Micmac. De 1604 à 1632, il n'y a pas eu de femmes célibataires à venir dans les parages. Il fallait bien que les jeunes se trouvent des blondes dans les bois ".

Le parcours de cette grande dame de la chanson qui roule délicieusement les r est à lui seul un véritable concentré d'Acadie. Dans les années 70, la jeune artiste, originaire de Paquetville, est de toutes les luttes identitaires. Entre deux cours à la faculté de lettres de Québec, elle entame en français une carrière de folksinger. Elle chante : " Paquetville Paquetville tu peux ben dormir tranquille/Des boeufs à élever du bois à couper tu peux ben dormir tranquille/Et des milles carrés de forêts sucrées tu peux ben dormir tranquille ". Aux côtés de Bob Dylan et de Joan Baez, Edith interprète sa terre natale aux prestigieux festivals de Washington et de Mariposa. "J'ai refusé de signer avec une maison de disque aux Etats-Unis parce que je ne voyais pas comment je pouvais chanter des chansons acadiennes en anglais ", souligne la tornade acadienne qui a vendu plus d'un million et demi de disques au Canada, chiffre impressionnant quand on sait que les Canadiens francophones sont environ 6 millions. En 1970, Edith se retrouve au Japon à l'Exposition Internationale d'Osaka. Elle y reste six mois, donne 500 spectacles à travers tout l'archipel, et fait la connaissance des grands noms de la chanson québécoise de l'époque (Vigneault, Léveillée, Ferland). De retour au Québec, elle épouse Robert Grenier, un archéologue sous-marin " grand découvreur de trésors ". Le couple s'installe dans les verts marécages de Restigouche, près de la réserve des Indiens Micmac. L'appel de la nature cède bientôt le pas à la musique. En 1973, c'est la rencontre déterminante avec Lise Aubut, depuis plus de trente ans son imprésario et complice. Lise prend en main la carrière d'Edith, signe la plupart de ses titres, et propulse la jeune chanteuse au rang de vedette internationale. S'ensuivront de grandes et nombreuses tournées en France et en Europe, des concerts à divers Printemps de Bourges et Francofolies de la Rochelle, le grand Prix de l'Académie Charles Cros et plusieurs disques d'or et de platine au Canada. Edith Butler, comme Angèle Arsenault ou Zachary Richard en Louisiane, a contribué à faire fièrement relever la tête à l'Acadie. " J'ai participé aux premières éditions du Festival acadien de Caraquet. Je l'ai vu grandir année après année. Aujourd'hui, je suis étonnée par la profusion de talents. On dirait que dans chaque maison, il y a quelqu'un qui sait jouer, chanter, ou danser ", explique la grande prêtresse de la chanson acadienne. Antonine Maillet prix Goncourt 1977 pour le roman Pélagie La Charrette, disait d'elle, il y a quelques années : " Edith Butler nous livre une image du monde, que nous n'aurions certainement pas connue ". Un monde de grands espaces et de marées extrêmes, rude et solidaire, dans lequel tous les peuples auraient enfin le droit d'exister.

David RAYNAL (à Caraquet, Nouveau-Brunswick)



LE FESTIVAL ACADIEN DE CARAQUET
La renommée et le succès populaire du Festival acadien de Caraquet, qui fêtera en 2005 sa 43e édition, tient en grande partie à la personnalité de son chef d'orchestre, Paul Marcel Albert. Depuis près de 30 ans, ce directeur général et artistique du festival mêle tradition et création afin de propulser les artistes acadiens sur le devant de la scène nationale et internationale. Dans cette province du Nouveau-Brunswick, la seule officiellement bilingue du Canada, le Gala de la chanson francophone offre un véritable tremplin aux artistes locaux. Avec l'aide des radios communautaires et de la presse locale, de nombreux chanteurs font, à l'instar de Danny Boudreau, une percée remarquée sur les ondes voisines québécoises. En 2004, Paul Marcel Albert a décidé de passer à la vitesse supérieure. Ce découvreur de talents à l'oeil pétillant et au cheveu rare, propose un spectacle pour le moins ambitieux intitulé Ode à l'Acadie. L'idée est de reprendre avec de jeunes artistes dans une chorégraphie moderne les principaux thèmes de l'histoire et de la musique acadiennes. "Dans une région marquée par un environnement économique difficile et une certaine perte des repères, l'engouement de la population pour le festival ne s'est jamais démenti. C'est pour cette raison que nous n'avons pas le droit à l'erreur et que nous devons toujours prendre des risques afin d'étonner notre public ", souligne Paul Marcel Albert. Au final, jamais un spectacle musical francophone n'aura connu un tel succès dans les provinces maritimes. Depuis le début de l'été 2004, plus de 12 000 personnes ont assisté aux 47 représentations qui se sont déroulées dans la toute nouvelle salle du Centre culturel de Caraquet. En 2009, ce sera au tour du Nouveau-Brunswick et de la péninsule acadienne d'accueillir le prochain Congrès mondial acadien.

D. R.

Pour en savoir plus Festival Acadien de Caraquet : http://www.festivalacadien.ca
Spectacle Ode à l'Acadie : http://www.ode.ca
Site officiel : http://www.edithbutler.com
Renseignements concernant les spectacles d'Edith Butler Lise Aubut : 86 Côte Ste-Catherine, Outremont, QC. H2V 2A3, tél. : (514) 270-955, fax : (514) 270 4252, liseaubut@edithbutler.com



MUSIQUE VITALE
Au deuxième étage du Centre culturel de Caraquet, la maison de disques Plages abrite la plupart des artistes acadiens du moment. Claudine Thériault, sa directrice, règne sans partage sur la carrière de ces artistes débutants ou confirmés qui, à l'image de la Coop Breizh en Bretagne ou de Ricordu en Corse, ont décidé de faire cause commune en se regroupant derrière un label unique. Le catalogue, très complet, se veut le reflet de l'extraordinaire vitalité de la scène musicale acadienne. Il regroupe pêle-mêle des figures aussi charismatiques qu'Edith Butler, Isabelle Roy, Calixte Duguay, des groupes emblématiques 1755, Bois-Joli, Grand Dérangement ou de jeunes artistes tels Wilfrid LeBoutillier, Marie-Jo Thério, Dominique Dupuis, promis à une belle carrière américaine et francophone. "Mes parents ont toujours considéré la musique comme l'un des vecteurs de propagation de notre culture. Comme beaucoup de mes amis, j'ai eu la chance d'être soutenu et de baigner très jeune dans un univers musical ", explique Christian Kit Goguen, 25 ans, lauréat du 35e Gala de la chanson et l'un des interprètes d'Ode à l'Acadie, le spectacle produit par le Festival acadien de Caraquet.

D. R.

http://www.plages.net


pixel
      


© 2004 WORLD Musiques Destinations - Made by Agence LEXposia - Hosting by Adwin