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RENCONTRE
Virginia Rodrigues

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Electronica brésilienne
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L'EBLOUISSEMENT
BLUE SKY BOYS


Bill et Earl Bollick, deux péquenots de Caroline du Nord chantant la musique ethnique blanche, seraient la pièce manquante du puzzle des racines du rock


En musique, le fantasme des origines ne mène jamais nulle part, mais on ne s'en débarrasse pas facilement. Comment chantaient les premiers juifs ? Les premiers chamans de Lascaux poussaient-ils la roamnce rituelle comme les Aborigènes, en s'empiffrant de champignons hallucinogènes ? Et surtout : comment chantait-on avant l'invention du disque ?
Disons qu'on chantait comme les Blue Sky Boys. Le son est aigrelet, avec cette mandoline impitoyable qui lorgne autant du côté de Tino Rossi que des mélodies douceâtres et répétitives du plus grand vivier de mélodies américaines, les Appalaches. Bill et Earl Bollick viennent pourtant de Caoline du Nord, pièce perdue du grand puzzle du Sud profond, un puzzle dont seule la locomotive Mississippi roule encore, avec le blues nègre de Charlie Patton et de Skip James comme écho unique qui soit parvenu aux oreilles des journalistes, dont on connaît l'inculture générale. Que faire du wagon Texas (Lightnin' Hopkins, Townes Van Zandt), du wagon Georgie (Blind Willie McTell, James Brown), du wagon Tennessee... ?

C'est du côté de la Caroline du Nord que sont nées les mélodies âcres des frères Bollick, connus sous le nom pittoresque des Blue Sky Boys. Vaguement redécouverts per des néofolkloristes américains dans les années 60, leurs chansons sont devenues des classiques (juste avant de mourir - ce n'est pas la pire chose qu'il ait faite -, le vieux Johnny Cash a enregistré leur merveilleux Mary Of The Wild Moor dans l'un de ses tristes disques de moribond, sur American/Sony).
On savait, mais sans avoir directement accès à leur musique, que les frères Bollick avaient directement influencé plusieurs générations de chanteurs (et surtout d'harmonies) country, des frères Louvin aux Everly Brothers. On en déduit qu'ils ont directement influencé les Beattles, même si ceux-ci n'ont probablement jamais écouté un seul disque des Blue Sky Boys de leur vie. Ce sont aussi les pères spirituels de Ray et Ina Patterson, Everett et Bea Lily, Don Reno, Jim and Jesse (sans parler des Country Gentlemen ou des nouveaux traditionnalistes comme Ricky Scaggs).

Le coffret Bear Family, paru fin 2003, contient tout ce que les Blue Sky Boys ont enregistré entre 1936 et 1950, c'est-à-dire pas moins de 123 chansons, réparties sur cinq CD de musique aussi douce que du moonshine, ce whiskey de contrebande au goût de pêche et de paradis perdu. Le coffret contient aussi un livre, abondemment illustré de photos d'archives ou de studio, plus kitsch les unes que les autres, signé de l'un des plus grands spécialistes de la country historique, Bill C. Malone (de la Country Music Foundation, à Nashville).

Se saôuler à cette musique nasillarde et divine (beaucoup de gospels blancs, d'une belle ferveur campagnarde) est l'un des plus beaux cadeaux qu'on puisse se faire en ce début d'année 2004. Qui ne sait pas encore que l'avenir de la musique passe par un retour sur son passé ? L'avenir de la musique américaine, en tout cas, appartient aux Blue Sky Boys.


Louis SKORECKI


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