DJANGO
REINHARDT - SWING MANOUCHE
L'héritage jazzy du plus célèbre
des Manouches est devenu la musique des siens et une passion
bizarre pour des milliers de musiciens du monde
Django. Un de ces surnoms étranges que les " Manouches
" (prononcer : man-nouches) donnent aux enfants dès
leur naissance, et qui signifie : " moi je réveille
".
Django Reinhardt a réveillé son peuple : les Manouches,
ces tsiganes qui vivent dans l'Est et le Nord de la France,
en Belgique (où est né Django), aux Pays-Bas et
dans l'Ouest de l'Allemagne. Leur langue reste très vivante,
sauf en France où comme les autres " patois ",
elle a été victime du jacobinisme. Leur musique
ancestrale s'est éteinte à l'aube du XXè
siècle. Django jouait du banjo avec les accordéonistes
de musette, jusqu'à ce jour d'été 1931
où dans une chambre d'hötel à Toulon, il
entend un disque d'Armstrong : coup de foudre. Surmontant un
terrible handicap (sa main gauche brûlée en 1928
dans l'incendie de sa roulotte), le gaucher Django devient le
meilleur guitariste de l'ère du swing.
Surtout, il invente (avec le violoniste montmartrois d'origine
italienne Stéphane Grappelli) un style original, première
greffe réussie de la musique afro-américaine en
terre européenne.
Django sera une superstar sous l'Occupation, échappant
au génocide des tsiganes, puis la coqueluche de Saint-Germain-des-Prés
après la Libération. Et aussi le premier jazzman
européen invité aux USA, par Duke Ellington. Mais
il continue de mener sa vie normale de nomade. Lié à
sa communauté, il y gagne le statut d'un héros
mythologique.
Ainsi, après sa mort, sa musique s'impose dans les camps
des Manouches, au point d'y devenir l'équivalent de ce
qu'est le flamenco pour les gitans. Chacun y apprend la guitare
en écoutant inlassablement les disques de Django.
Dans les années 1950-60, le " swing manouche "
devient un genre en soi, au même titre que le be-bop,
le mambo ou le rythm'n'blues. Il est dominé par la tribu
des Reinhardt - le frère Joseph, les fils Lousson puis
Babik, aujourd'hui David le petit-fils - et celle des Ferret
- Baro, Sarane, Chalain, Maurice, Matelo et ses fils Boulou
et Elios. Les guitaristes manouches règnent sur le music-hall,
le cinéma, la variété. Ils y feront d'innombrables
émules parmi les " gadjé " (non-tsiganes)
: de Henri Salvador à Higelin en passant par Sacha Distel,
et plus récemment San-Severino.
Ainsi Romane, l'un des meilleurs jeunes héritiers de
Django, est le fils d'un guitariste " gadjo " qui
a toujours joué avec des Manouches. Vrai gardien de la
flamme, il s'est installé à Samois, près
de Fontainebleau, le village où Django a fini ses jours
et où un festival perpétue sa mémoire.
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