RENCONTRE
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| Virginia Rodrigues |
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T
Erik Truffaz
Saloua
(Blue Note/EMI)
Plutôt du jazz, certes. Est-il bien raisonnable de dire tout
le bien que l'on pense d'un album d'Erik Truffaz dans les colonnes
d'un magazine de world music ? Oui, absolument. Car ce trompettiste
insatiable est un animal curieux du monde. Sa musique en témoigne.
Un musicien qui ne se satisfait pas d'un chemin tout tracé.
Erik Truffaz multiplie les rencontres ; elles nourrissent son
inspiration. Le souffle de sa trom-pette a été, pour Saloua,
influencé par l'amitié nouée avec Mounir Troudi, joueur de bendir
qui signe ici plusieurs titres bigrement attachants. On se régale
avec Yabous, par exemple. Ici, les musiques arabes ne
sont pas les seuls chemins de traverse empruntés par Truffaz.
Des accents rap, rock et même reggae dans Big wheel ou
La vie continue complètent cette ballade inspirée, également
par Nya, un rappeur dont la voix se pose en délicatesse dans
ce beau travail. Claire Moreau-Shibron
Tomatito
Aguadulece
(Universal Jazz)
A la fin des années 70, la vie de Tomatito a été bouleversée
quand il rencontre El Camarón de la Isla. Il devient le guitariste
attitré de l'exalté junkie du flamenco. Le jeu rigoureux et
libre de Tomatio convenait au chant pur et audacieux d'El Camarón.
Depuis la disparition du maître farouche des nouvelles générations
du flamenco, Tomatito poursuit ce chemin qui assure sa fidélité
à la musique profonde en innovant, indépendant et dévoué. Né
en 1958 en Andalousie, José Fernandez, alias Tomatito, a hérité
du surnom de son père et de son grand-père guitaristes flamenco.
Bref, il est né dedans, dans le rythme des tocadas, les touches
de guitares flamenco qui ont donné la célébrité à son oncle,
Niño Miguel. Très jeune, il joue dans les tavernes à flamenco
de Malaga avant d'accompagner très vite quelques vedettes du
canto jondo. Aujourd'hui soliste de renommée internationale,
il joue un album discipliné et rebelle. Ses bulerias enlevées
et soléas frugales disent que le flamenco est le jazz du futur.
Bouziane Daoudi
Maria Teresa
O mar...
(Le Chant du Monde/Harmonia Mundi)
L'impression première est la bonne. On a déjà
entendu ça quelque part et il n'est nullement farfelu
de vouloir à tout prix fouiller dans sa mémoire.
Maria Teresa a fait le choix de composer cet album rien qu'avec
des reprises. Des chansons populaires, du fado, des airs du
folklore du Portugal, le pays des siens, et puis aussi des mots,
des mélodies du Brésil, empruntés à
Caetano Veloso (Argonauta), Chico Buarque (Fado Tropical), Yvan
Lins et Vitor Martins (Um Fado). Parce que même
si elle est née en France, la chanteuse se sent emplie
de tendresse pour ses racines et la chanson lusophone. La délicatesse
gracieuse avec laquelle elle investit ce répertoire ne
trompe pas. La voix pourrait paraître trop lisse, quand
on aime sentir affleurer les séismes et les brûlures
intérieures dans le chant, pourtant elle emportepar sa
lumineuse fluidité. D'autant qu'elle est mise en valeur
par des musiciens subtils (Toninho Do Carmo, guitare; Zé
Luis Nascimento, percussions; Francis Varis, accordéon)
qui participent à faire de cet album un délicieux
voyage entre Portugal et Brésil.
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