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M
Mahala Raï Banda
Mahala Raî Banda
(Crammed Discs/Wagram)
" L'armée mène à tout à condition d'en sortir ",voici
la morale que l'on pourrait tirer de l'écoute de cet admirable
premier album du Mahala Raï Banda (littéralement Noble Orchestre
du Ghetto). Autour du violoniste arrangeur et du directeur musical
du célèbre Taraf de Haïdouks se sont réunies deux générations
de musiciens : des vétérans des fanfares militaires roumaines
qui ont compté jusqu'à 30 000 musiciens d'une part et de jeunes
musiciens originaires du même village (Clejani) que celui des
deux instigateurs. Choc des générations, Le Mahala n'en est
pas moins une redoutable et euphorisante machine à danser. Produit
par Shantel, fin bidouilleur qui a fait ses armes dans l'électro
avant de renouer avec ses origines roumaines et à qui l'on doit
la magnifique compilation Electric Gypsyland (Crammed Discs/Wagram)
produite l'an passé, ce premier album n'hésite pas à instiller
une pointe d'esprit jamaïcain, un fumet ragga sur Lest Sexy.
Totalement cohérent sur ce premier opus, Le Mahala n'a plus
qu'à faire ses preuves sur scène. S.
Erik Marchand et les Balkaniques
Pruna
(Le Chant du Monde/Harmonia Mundi)
Depuis une décennie, Erik Marchand collabore avec le Taraf de
Caransebe (Roumanie), après avoir pérégriné autant d'années
en Yougoslavie. Erik Marchand n'est pas un touriste musical.
Il continue ici d'approfondir ses investigations, dans le sillage
de ses deux disques précédents. A ses amis de Bretagne (Jacky
Molard, Gabriel Kerdoncuff) et de Roumanie, il a joint des musiciens
de Serbie, Moldavie et Turquie, pour former les Balkaniques.
Outre l'abondant réservoir de traditions que constituent ces
régions, l'enrichissement provient de la posture même des artistes
mis en présence : leur rapport à l'improvisation et à l'écriture,
leur aptitude à s'emparer des caractéristiques culturelles de
" l'autre ". Etonnante, cette gwerz (complainte) bretonne qui
épouse un taksim (improvisation modale orientale), tandis qu'un
accordéon égrène un kolo serbe. La voie d'Erik Marchand se déploie
pleinement, changeant de mode ou de tonalité sans faiblir. Ses
complices, roms pour la plupart, combinent saxophone, taragot
(instrument à anche d'Europe centrale), accordéon, trompette,
clarinette, derbuka, contrebasse ou cymbalum, tandis que Jacky
Molard tient le violon, Gabriel Kerdoncuff alternant entre bombarde
et bugle. Coup de chapeau au clarinettiste originaire de Thrace,
Hasan Yarim Dünia (vu dans Latcho Drom, le film de Tony Gatlif).
Dans Pruna, trois mondes s'étreignent, l'Occident, l'Europe
de l'Est et l'Orient.
Martirio
Nuevos medios
(Night & Day)
Bien avant ses remarquables interprétations de boléros et autres
standards latinos, Martirio fut d'abord l'égérie de la Movida
espagnole, sorte de Nouvelle vague psycho-punk contemporaine
à la fin de la dictature franquiste. Dans cette période d'excès
libérateur, où la drogue et le sexe brûlent quarante ans de
répression catholique, l'ancienne infirmière Maribel Quiñones
décide de quitter l'hôpital pour devenir l'interprète incandescente
de ses propres frasques sentimentales et sexuelles. Elle se
crée un personnage spectaculaire et provocateur, dessine ses
propres costumes néo-baroques, provoque le scandale, et associée
au producteur et arrangeur Kiko Veneno, défraie la chronique
de la pop hispanique. Portée par l'énergie et le talent des
légendaires Pata Negra, ensorcelée par la guitare de Rafael
Riqueni, Martirio chante qu'elle est malade par manque de jouissance,
que, malgré le sexe, elle se sent comme une vierge, que son
premier mariage fut un désastre. Elle déclame tout ça sur le
mode des coplas flamencas traditionnelles, mais croisées passionnellement
avec le rock. On peut cependant discuter de la pertinence de
certaines programmations, le choix de quelques sons trop compressés,
mais l'on pourra difficilement occulter le talent et l'audace
de la chanteuse qui reprend le Romance de la rosa, de Garcia
Lorca avec la même sensualité et la passion avec lesquelles
elle décrit ses histoires de lit. Martirio s'amuse à martyriser
les âmes prudes.
Pietra Montecorvino
Napoli Mediterranea
(L'Empreinte Digitale/Nocturne)
Difficile de résister au charme de Pietra Montecorvino. On nous
dit que la comédienne a un tempérament de feu. On veut bien
le croire quand on découvre son regard de braise et son visage
expressif entouré d'une crinière de jais. Sa voix rauque et
puissante, parfois cassée, donne une force incroyable à son
premier album. Femme fatale, femme blessée, l'impétueuse Italienne
nous dévoile ici quelques facettes de sa folle et si vivante
ville d'origine, l'incontrôlable Naples. Avec ses ballades,
ses morceaux aux accents rock ou ses chansons traditionnelles,
cette Madone méditerranéenne trouble, systématiquement. Plus
que ses reprises de standards (Bambino, O sole mio), des compositions
comme Luna rossa, chantée en napolitain, mais surtout des titres
tels Va sta musica mia, Mare di Napoli ou Ninna Nanna se distinguent
parmi les 14 titres de cet album. Au chant rocailleux de Pietra,
tantôt puissant tantôt langoureux, se mêlent des choeurs scandés
en langue arabe, et les volutes orientales du oud.
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