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Virginia Rodrigues

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M


Mahala Raï Banda
Mahala Raî Banda
(Crammed Discs/Wagram)

" L'armée mène à tout à condition d'en sortir ",voici la morale que l'on pourrait tirer de l'écoute de cet admirable premier album du Mahala Raï Banda (littéralement Noble Orchestre du Ghetto). Autour du violoniste arrangeur et du directeur musical du célèbre Taraf de Haïdouks se sont réunies deux générations de musiciens : des vétérans des fanfares militaires roumaines qui ont compté jusqu'à 30 000 musiciens d'une part et de jeunes musiciens originaires du même village (Clejani) que celui des deux instigateurs. Choc des générations, Le Mahala n'en est pas moins une redoutable et euphorisante machine à danser. Produit par Shantel, fin bidouilleur qui a fait ses armes dans l'électro avant de renouer avec ses origines roumaines et à qui l'on doit la magnifique compilation Electric Gypsyland (Crammed Discs/Wagram) produite l'an passé, ce premier album n'hésite pas à instiller une pointe d'esprit jamaïcain, un fumet ragga sur Lest Sexy. Totalement cohérent sur ce premier opus, Le Mahala n'a plus qu'à faire ses preuves sur scène. S.


Erik Marchand et les Balkaniques
Pruna
(Le Chant du Monde/Harmonia Mundi)

Depuis une décennie, Erik Marchand collabore avec le Taraf de Caransebe (Roumanie), après avoir pérégriné autant d'années en Yougoslavie. Erik Marchand n'est pas un touriste musical. Il continue ici d'approfondir ses investigations, dans le sillage de ses deux disques précédents. A ses amis de Bretagne (Jacky Molard, Gabriel Kerdoncuff) et de Roumanie, il a joint des musiciens de Serbie, Moldavie et Turquie, pour former les Balkaniques. Outre l'abondant réservoir de traditions que constituent ces régions, l'enrichissement provient de la posture même des artistes mis en présence : leur rapport à l'improvisation et à l'écriture, leur aptitude à s'emparer des caractéristiques culturelles de " l'autre ". Etonnante, cette gwerz (complainte) bretonne qui épouse un taksim (improvisation modale orientale), tandis qu'un accordéon égrène un kolo serbe. La voie d'Erik Marchand se déploie pleinement, changeant de mode ou de tonalité sans faiblir. Ses complices, roms pour la plupart, combinent saxophone, taragot (instrument à anche d'Europe centrale), accordéon, trompette, clarinette, derbuka, contrebasse ou cymbalum, tandis que Jacky Molard tient le violon, Gabriel Kerdoncuff alternant entre bombarde et bugle. Coup de chapeau au clarinettiste originaire de Thrace, Hasan Yarim Dünia (vu dans Latcho Drom, le film de Tony Gatlif). Dans Pruna, trois mondes s'étreignent, l'Occident, l'Europe de l'Est et l'Orient.


Martirio
Nuevos medios
(Night & Day)

Bien avant ses remarquables interprétations de boléros et autres standards latinos, Martirio fut d'abord l'égérie de la Movida espagnole, sorte de Nouvelle vague psycho-punk contemporaine à la fin de la dictature franquiste. Dans cette période d'excès libérateur, où la drogue et le sexe brûlent quarante ans de répression catholique, l'ancienne infirmière Maribel Quiñones décide de quitter l'hôpital pour devenir l'interprète incandescente de ses propres frasques sentimentales et sexuelles. Elle se crée un personnage spectaculaire et provocateur, dessine ses propres costumes néo-baroques, provoque le scandale, et associée au producteur et arrangeur Kiko Veneno, défraie la chronique de la pop hispanique. Portée par l'énergie et le talent des légendaires Pata Negra, ensorcelée par la guitare de Rafael Riqueni, Martirio chante qu'elle est malade par manque de jouissance, que, malgré le sexe, elle se sent comme une vierge, que son premier mariage fut un désastre. Elle déclame tout ça sur le mode des coplas flamencas traditionnelles, mais croisées passionnellement avec le rock. On peut cependant discuter de la pertinence de certaines programmations, le choix de quelques sons trop compressés, mais l'on pourra difficilement occulter le talent et l'audace de la chanteuse qui reprend le Romance de la rosa, de Garcia Lorca avec la même sensualité et la passion avec lesquelles elle décrit ses histoires de lit. Martirio s'amuse à martyriser les âmes prudes.


Pietra Montecorvino
Napoli Mediterranea
(L'Empreinte Digitale/Nocturne)

Difficile de résister au charme de Pietra Montecorvino. On nous dit que la comédienne a un tempérament de feu. On veut bien le croire quand on découvre son regard de braise et son visage expressif entouré d'une crinière de jais. Sa voix rauque et puissante, parfois cassée, donne une force incroyable à son premier album. Femme fatale, femme blessée, l'impétueuse Italienne nous dévoile ici quelques facettes de sa folle et si vivante ville d'origine, l'incontrôlable Naples. Avec ses ballades, ses morceaux aux accents rock ou ses chansons traditionnelles, cette Madone méditerranéenne trouble, systématiquement. Plus que ses reprises de standards (Bambino, O sole mio), des compositions comme Luna rossa, chantée en napolitain, mais surtout des titres tels Va sta musica mia, Mare di Napoli ou Ninna Nanna se distinguent parmi les 14 titres de cet album. Au chant rocailleux de Pietra, tantôt puissant tantôt langoureux, se mêlent des choeurs scandés en langue arabe, et les volutes orientales du oud.

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