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E
Exils (B.O.F.)
(Naïve)
Comme les images de Tony Gatlif, sa bande musicale originale
est un voyage. La plupart des musiques sont signées par Tony
Gatlif lui-même avec la complicité de Delphine Mantoulet. Les
textes parlent de passeport, de la douleur de l'exil, des odeurs
oubliées du jasmin. On scande des incantations contre la dictature,
le terrorisme. On manifeste pour la démocratie, sur un ton d'urgence.
Saturé ici de trilles à l'accordéon, le fond est électro, comme
sur beaucoup de titres, qu'ils soient d'inspiration arabe ou
flamenco. On se balade en revanche souvent dans des univers
acoustiques flamboyants : bulerias irrésistibles de l'Andalouse
La Macanita, sauce convaincante avec choeurs, palmas et cajon
endiablé pour le refrain Argelia, ou même encore dans un subtil
dialogue entre guitare, violon et contrebasse pour la belle
mélodie Quinquin. Quelques mélopées accompagnées par le ney
(flûte) oriental ou la transe finale sur rythme binaire imposé
par Gatlif, achèvent ce voyage musical, quelque peu frustrant
à l'écoute sans image, tant on les désire. Claire Moreau-Shibron
Enrico Rava
Easy Living
(ECM/Universal)
Velours et plénitude pour ce disque au titre bien choisi. Retour
dans l'antre d'une maison chaleureuse après un très long voyage.
De retour au label ECM quitté, il y a 17 années, le trompettiste
italien va se mouvoir naturellement dans un cadre défini par
lui-même. En quintette, le sexagénaire tranquille joue comme
d'autres racontent. Riche de mille sons mais avec un instrument
nu, dans une élocution libre mais jamais free. Quand il feint
de partir, il reste. Il semble là, il est déjà ailleurs. Lyrique
sans emphase, romantique sans dérive : il y a une suspension
entre terre et ciel absolument méditerranéenne dans ce disque.
Au-dessus,planent les ombres lestes des Miles Davis ou Chet
Baker, et des compagnons de route : Mal Waldron ou Dino Saluzzi.
Mis à part une citation dixieland (retour sur une jeunesse de
trompettiste d'harmonie ?), ce disque évacue l'anecdote, dans
une parfaite décontraction. Emmanuelle Honorin
Enrst Reijseger / Mola Sylla
Janna
(Winter&Winter/Harmonia Mundi)
Prolifique, générateur d'expériences transculturelles, le violoncelliste
hollandais Ernst Reijseger porte l'improvisation aux confins
de l'impossible avec des jazzmen, et provoque des rencontres
inouïes avec des musiciens traditionnels d'horizons divers.
Il revient sur l'univers africain et crée ce beau projet en
compagnie du chanteur, auteur et multi-instrumentiste sénégalais
Mola Sylla. Janna réunit des chants engagés, des chansons d'amour,
des poèmes aux connotations magiques. Il évoque aussi le désastre
culturel provoqué par la domination coloniale en Afrique, les
souffrances de l'exil, l'incapacité de prendre en main sa propre
vie. A ce riche éventail poétique écrit par Sylla (en wolof,
pulaar, arabe), Reijseger répond par un accompagnement minimaliste,
mais incisif, tantôt à l'archet tantôt utilisant toutes les
variantes du doigté, du pizzicato à la percussion. Dans un jeu
d'engagement physique, le violoncelle joue la partie de la kora,
fait le contrepoint d'une flûte, ou double un xalam, tandis
que Serigne Gueye introduit ses percussions avec sobriété et
justesse, dans un parfait équilibre.
Francisco Cruz
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