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B


Bebo & Cigala
Lágrimas negras
(Ariola/BMG)

Comme son nom l'indique, cet album ruisselle de larmes noires. Celle de l'affliction sans âge d'El Cigala, la nouvelle sensation du flamenco, que vient consoler la douceur du piano de Bebo Valdés. Le titre Lágrimas negras, écrit dans les années 30 par Miguel Matamoros (1894- 1971), veut dire aussi le croisement émouvant de deux générations, celle du vénérable Bebo, 85 ans, et celle de l'étoile montante Diego El Cigala, un demi-siècle de moins. Bebo Valdès a dirigé dès 1948 l'orchestre du prestigieux cabaret de la Havane, le Tropicana. Dès 1960, il quitte Cuba pour Stockholm avant de revenir devant le grand public en 1994 avec l'album Bebo Rides Again. " Bien que tu m'aies jeté à l'abandon/Bien que tu aies mis à mort tous mes espoirs…", se lamente El Cigala dans une supplique dont la tristesse baigne tout le reste de cet album. Mais les neuf chansons, toutes des classiques cubains, flamenco ou de l'univers latin, sont pudiquement dépouillées de leur pathos par le jeu subtil, aérien du vieux griffon cubain. Bebo Valdés réussit à leur donner les fines couleurs du boléro cubain sans dénaturer la douleur sourde d'El Cigala. On retrouve auprès d'eux quelques figures amicales comme le saxophoniste Paquito D'Rivera ou le joueur de timbales, Tata Günes, venus fêter cette rencontre au sommet de deux visages du métissage latin.


Simona Barbera
Mirto
(Havent and Earth/L'Autre distribution)

Ce disque de pure musique traditionnelle est ce que nous avons entendu de plus moderne depuis longtemps (on pense au travail d'André Minvielle ou de Danyel Waro). Le nom de Simona Barbera, Italienne trentenaire, se répand depuis une dizaine d'années, de projets ambitieux et internationaux en sorties de disques. Mirto est son dernier opus, publié sur le label allemand Heaven and Earth. Sa sophistication vient de cette rudesse, de ce côté dépouillé qui ne suit aucune mode, aucune convenance. Il y a une voix et un piano, celui de son acolyte Irène Vannucci, jeune Florentine dont l'accompagnement délicat et discret fait parfois penser à celui de Rita Martoculli. A l'instar, de cette dernière, le jeu cosmique d'Irène Vannucci égrène les étoiles au firmament du ciel sicilien de Simona Barbera. Une Sicile " antérieure " que cette Génoise a découvert par son père et son grand-père, troubadour que l'on invitait à chanter dans les fêtes. Vers vingt ans, Simona Barbera commence à s'intéresser à la musique traditionnelle. Son disque porte le nom d'une ville sicilienne. Les quinze titres qui le composent sont tous des noms de lieux siciliens, mais cet album n'est pas pour autant un guide de voyage touristique. S'il y a voyage, il est joyeux, confiant et mélancolique. Il s'adresse à Dieu et aux dieux, aux hommes, aux éléments. Il dit l'amour.


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