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W
Winston Riley Productions
Dancehall Techniques 1986-1991
(Maximum Pressure/Nocturne)
Les années 80 sonnent le glas du reggae roots. Bob Marley
mort, ses disciples tardent à relever le flambeau. Les
maîtres du genre, Burning Spear, Culture ou Israel Vibration
manquent de souffle. C'est pourtant une période clé
de l'histoire du reggae, les ingénieurs du son jamaïcains
se lancent à corps perdu dans le ragga (ou reggae digital),
une musique presque jouée sur des machines numériques.
Les musiciens de studio sont mis au rencard. La sécheresse
rythmique des ordinateurs supplée le velours des basses.
Et ça marche. En 1985, deux énormes tubes envahissent
les sound systems de Kingston : Ring The Alarm, de Tenor
Saw, et Under Me Sleng Teng, de Wayne Smith. Produits
par l'ingénieur de son King Jammy, ces titres sont joués
sur un Casio Music Box. Une révolution. Dancehall
Techniques illustre parfaitement cette page d'histoire en
rassemblant quelques-unes des meilleures productions digitales
de Winston Roley, l'un des élèves de King Jammy
: au fil du disque, Tenor Saw, Buju Banton, Gregory Isaacs et
Tiger, pour ne citer qu'eux, rivalisent de prouesses vocales
sur d'incunables rythmiques jamaïcaines. Ironie du sort,
de vrais musiciens apparaissent sur certains titres en calquant
leur jeu sur celui des boîtes à rythme. Résultat
? Redoutable.
Wemilere
(Long distance/Harmonia Mundi)
Wemilere (fête en yoruba), rassemble quelques très
bons percussionnistes et chanteurs cubains, sous la conduite
de Roman Diaz, un héritier des tambours sacrés
au quartier Centro Havana. Là-bas, se rassemblent de
nombreux adeptes de la santeria, version locale du vaudou. Nous
sommes au coeur des racines africaines de la musique cubaine,
de cette rumba, entre tambours sacrés - les trois Bata
- et chants liés à la santeria. Les rythmes complexes
apparaîtront aux novices comme des démonstrations
de virtuosité. Les voix parlent d'elles mêmes :
si elles sont si belles, c'est qu'elles sont les dialogues célestes
avec les orishas, héros légendaires deb=venus
des dieux après leur mort, qui correspondent chacun à
une force de la nature, à un état d'âme,
à un double catholique, syncrétisme oblige. Ce
disque est un magnifique périple, conçu comme
tel (avec une intro, un premier morceau instrumental de 18 minutes
!), sans concessions au marketing, mais avec un son exemplaire.
Ce qui est relativement rare pour ce genre d'enregistrement.
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