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T


Truco & Zaperoko
Musica Universal
(Ryko/Naïve)

Dans le grand arbre de la musique latine, il ne faut surtout pas oublier la plena portoricaine, chant lancinant des plantations de canne à sucre qui a migré en milieu urbain avec une relative évolution instrumentale à partir des trois tambours panderetas. Nés au début des années 80 avec des intentions déjà innovantes, les deux groupes Los Pleneros de Truco et Zaperoko ont fusionné et créé un cachet unique pour bals à haute intensité de transpiration : un mélange des couleurs vives de la plena avec la rumba et le guaguanco cubains. Le répertoire, inventé par les deux compères Hector " Truco " Valentin et Edwin " Zaperoko " Feliciano, croisent les rythmes et les voix soutenues par des cuivres étincelants . Leur big band n'ignore rien des subtilités des diverses écoles new-yorkaises de musiciens latinos, en particulier celle d'Eddie Palmieri. Le résultat est une sorte de salsa fraîche et ravageuse. L. E.


The Abyssinians and Friends
Tree Of Satta
(Blood & Fire/Night & Day)

Voici un concept intéressant : le classique des classiques de l'âge d'or du reggae, Satta Massa Gana des Abyssinians, revu et corrigé par tout ce que la Jamaïque recèle de talents. L'album s'ouvre sur la sublime version originale enregistrée par le trio en 1969 à Studio One. S'ensuivent des interprétations personnelles et variées des " lords " Dean Fraser, Ernest Ranglin, Bongo Herman, Tommy Mc Cook, leader historique et saxophoniste ténor des Skatalites qui apporte toute la chaleur des cuivres au morceau. Les deejays poussent également la voix sur ce standard : Big Youth, Dillinger et U-Roy, avec leur phrasé profond et percutant, lui donnent une intensité dancehall, rappelant leur habileté à toaster sur des riddims classiques. Prince Far I offre une version spoken word originale. Les artistes contemporains Natural Black, Capleton et Anthony B libèrent leur flow ragga haut débit et façonnent une identité actuelle à cet hymne emblématique du reggae des années 70. Satta Massa Gana, qui en amharique (langue officielle en Éthiopie) signifie " alléluia " ou " rendons grâce ", reçoit un bel hommage : grâce et beauté lui soient rendues.
Aurélie Boutet


The Skatalites
Bashaka
(Celluloïd)

Les Skatalites reviennent avec cet opus saisissant, mis en boîte à Miami et qui se démarque des derniers enregistrements du combo avec des compositions actuelles de bonne facture et non plus les sempiternelles reprises de glorieux titres de la première époque du groupe. Une première pratiquement. L'incroyable rythmique du groupe, incarnée par Lloyd Brevett (contrebasse) et Lloyd Knibb (batterie), dévoile des talents de composition remarquables. La grande dame qu'est Doreen Shaffer -déjà présente sur l'album précédent- déploie une majestueuse voix soul. La section de cuivres, parmi laquelle figure toujours l'unique saxophoniste d'origine Lester Sterling, fait preuve d'une puissance indiscutable. On y croise aussi un invité de marque, le grand Ken Boothe. A. B


The Mighty Three's
Africa Shall Stretch For Her Hand
(Makasound/2good)

Ce n'est pas simplement grâce à sa voix exceptionnelle que le groupe Toots & The Maytals a su conquérir un très large public autour du globe depuis la formation du fameux combo Vikings (1962), devenu The Maytals en 1966. Le vieux routard de Kingston a su très tôt s'affranchir du carcan rocksteady et reggae en ouvrant sa musique aux influences gospel, funk, soul, jazz mais surtout pop et rock. Ce qui lui a valu une belle poignée de succès planétaires. Toots détient d'ailleurs le record du nombre de hits en Jamaïque, plus de trente fois n°1 en quarante ans de carrière. Skafather avait marqué la re-formation des Maytals à l'orée des années 90, mais l'album se résumait presque entièrement à des reprises. World Is Turning est donc le premier " vrai " album de Toots & The Maytals depuis 20 ans. Moderne, accrocheur, soul et funky, ce nouvel opus éclectique possède tous les ingrédients pour toucher les radios, les pistes de danse, et séduire bien au-delà du public reggae. Les Rolling Stones ne s'y sont pas trompés en confiant la première partie de leur tour 2003 à Toots. Son retour avec les Maytals est annoncé en Europe au printemps.


Toots & The Maytals
World Is Turning
(XIII Bis Records/Night & Day)

Voici une nouvelle perle méconnue des racines musicales jamaïcaines et dénichée par le label français Makasound, dont le travail de réédition mérite d'être salué. A l'instar, des Mighty Diamonds, Meditations et consorts qui égayèrent les ondes et les dancefloors des West Indies dans les années 70, ce trio vocal livre un reggae roots brut et mélodieux. Fondé par les frères Bernard Brown avec Carlton Gregory (The Chosen Few, Noel & The Wild Cats), le groupe enregistra en 1979, son unique album, avant de se séparer peu de temps après faute de moyens financiers. Enrichi des versions dub ainsi que du premier single du trio One Black People, Africa Shall Stretch For Her Hand offre un son pur. Les harmonies vocales des Mighty Three's (un leader alto et deux sopranos), totalement maîtrisées, évoquent la perfection technique des ténors du genre des Heptones. Les morceaux Rasta Business et Sinking In The Mist, couronnés de succès lors de leur sortie en Jamaïque, dévoilent toute l'ampleur des qualités de composition et d'interprétation du trio. Don't Say You Don't Love, aux accents rocksteady, se démarque sur ce disque éminemment roots aux riddims (un peu trop ?) classiques mais savoureux.


The Skatalites
Roots Party
(XIII Bis Records)

Toujours le même scénario : après le compte à rebours lancé par le contrebassiste Lloyd Brevett et repris par le public pour annoncer le départ de ce " vaisseau spatio-musical ", les moteurs des Skatalites s'allument instantanément, avec une régularité à faire pâlir les ingénieurs de Kourou. L'énergie qu'ils mettent dans leurs instruments fait totalement oublier que les survivants de cette formation sont pour la plupart déjà septuagénaires. Sur sa batterie, Lloyds Knibbs, véritable boîte à rythmes, continue de frapper comme un jeune homme. De la fabuleuse section de cuivres initiale dirigée par Don Drummond, il ne reste plus que le saxophoniste Lester Sterling. Il y a quelques années, ses vieux copains Tommy Mc Cook et Rolando Alphonso étaient encore à ses côtés, mais la machine a trouvé un second souffle avec Cedric Brooks, un autre vétéran jamaïcain embarqué dans l'aventure avec le trompettiste Kevin Batchelor. Pères du ska et du reggae, les Skatalites ont démarré une seconde carrière en se reformant en 1983 et en multipliant depuis les tournées. Doté d'un son irréprochable, ce nouvel album enregistré lors d'un concert à Bruxelles l'an dernier est à la mesure de leur oeuvre : colossal.




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