RENCONTRE
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| Virginia Rodrigues |
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| Electronica brésilienne |
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S
Earl "Chinna" Smith
Inna De Yard
(Makasound/Discograph)
Ce CD accompagné d'un DVD nous rappelle que le guitariste à
la voix d'orage est toujours là. Inna De Yard (dans la cour
de la maison), nouvelle collection du label chercheur Maka-sound
inaugure, avec cet ancien de Soul Syndicate, des Wailers et
actuellement membre de Sizzla, une série de chansons telles
qu'elles sont nées, improvisées dans des arrières cours ou sur
les seuils de maison. Ces conditions naturelles n'enlève rien
à l'enregistrement d'Earl "Chinna" Smith dont la guitare douce
se transforme en riffs tourmentés, le phrasé passe de la douce
harangue à des chants lancés comme des anathèmes vigoureux.
Il chante quelques uns de ses succès tels Satan Side, Fade Away
ou Mariwana. Chinna Smith cède régulièrement le micro à de jeunes
talents tels Jah Youth, Emmanuel I, The Maestro, ou moins jeunes
comme Ken Bob ou Ras Michael Jr. Bouziane Daoudi
Omar Sosa
Mulatos
(Otà Records/Night & Day)
Enregistré avec Dhafer Youssef au oud, Steve Argüelles à la
batterie et aux machines, Philippe Foch aux tablas, Dieter Ilg
à la contrebasse et Renaud Pion à la clarinette, ce dernier
album du prolifique Omar Sosa est une ode à la bâtardise. Donc
à la vie, à l'imprévu, à la salutaire excitation. Ce louable
programme tient ses promesses au fil de ses neuf plages servies
par une belle prise de son. Comme les meilleures équipes de
foot du moment, la bande à Omar se moque des nationalités. Seul
compte à l'heure du recrutement le jeu de chacun de ses membres
et sa capacité à jouer collectif, à se transcender. Certes,
ce n'est pas le plus ébouriffant de tous les albums, mais Mulatos
brille tout de même par la pétulance de ces échanges entre musiciens
aux horizons et sonorités divers. Squaaly
Dédé Saint Prix
Fruit de la patience
(Hibiscus Records)
La flûte des mornes à fleur de lèvres, les tibwa (minuscules
percussions en bois) rythmant la ronde enfantine du chouval
bwa (les chevaux en bois dans les manèges des campagnes martiniquaises,
dont la musique a donné un style insulaire particulier), c'est
ainsi qu'on avait rencontré Dédé Saint Prix au début des années
80, à l'occasion de ses premières apparitions parisiennes dans
la salle de la Mutualité. Maintenant qu'il cumule 38 ans de
carrière et 25 albums, ce musicien emblématique de l'identité
de l'ex-Madinina (Martinique) fait de son héritage musical un
vécu intense et passionnant. Ses errances pan caribéennes l'ont
poussé vers d'autres idiomes musicaux : la furie latine (dans
cet album, il y un hommage retentissant à Celia Cruz),les volutes
fébriles du kompa' haïtien, les scansions binaires du zouk.
Mais Dédé Conga, comme l'appelait sa grand-mère, n'a pas perdu
le tempo ancestral, ni son imparable verve vocale, véritable
exaltation d'une créolité extravertie et savoureuse. Sans oublier
l'esprit tambouyé qui explose dans ses messages bourrés d'ironie.
Fruit de la patience en témoigne avec ce style inimitable de
conteur, ce timbre reconnaissable entre mille. Dédé Saint Prix
joue une musique qui vibre dans des fêtes paysannes ensoleillées.
Luigi Elongui
Serenada
Flor di Amor
(Otrabanda/Socadisc)
De la série d'albums consacrés à la musique de Curaçao -île
des Antilles néerlandaises- par le nouveau label Otrabanda,
celui du groupe Serenada est le plus réussi. Il réunit dix-huit
titres tirés de divers enregistrements publiés entre 1992 et
2000. Flor di Amor est un fidèle reflet de la diversité musicale
et de l'étonnante fusion stylistique et linguistique d'une île
où l'on parle le papiamento, mélange aux consonances africaines
de portugais, espagnol, allemand et anglais. La musique, née
du croisement des contredanse, mazurka et polka européennes
avec les rythmes africains, s'est liée au blues, et autres mélodies
voisines allant du merengue dominicain à la paranda de Belize,
en passant par la biguine martiniquaise, la plena portoricaine,
le calypso de Trinidad, ou le bolero cubains. Le groupe Serenada
est lui-même un mélange détonant d'un groupe de rock et d'un
choeur d'Eglise. Francisco Cruz
Studio One Dub
(Soul Jazz Records/Discograph)
C'est Dennis Alcapone, fameux DJ jamaïcain des années soixante-dix,
qui le raconte : " Quand, on passait un dub dans une salle de
bal, c'était l'émeute, c'était nouveau. On retirait le chant.
Et puis on en remettait un peu. Et tout d'un coup, il n'y avait
plus de voix. Alors la salle explosait de bruit pur. Tout le
monde adorait ça. Un jour, j'étais au micro quand un type a
tiré un coup de feu derrière moi. Le micro a capté le son et
l'a renvoyé en écho dans la salle. La foule est devenue dingue."
Ce huitième volume de la série Studio One confirme que le dub
rend fou. En témoignent Chase Them Version, Bionic Dub, Dub
Rock, ou encore Creator Version, quelques-unes des perles rassemblées
sur cette compilation. Tapis de basse, mur de batterie, échos,
distorsions diverses : rien ne manque à l'entreprise. Sauf les
coups de feu. P. B.
Studio One Ska
(Soul Jazz Records/Discograph)
The Sound of Young Jamaica, tel était le slogan de Studio One,
label et studio d'enregistrement majeur de la Jamaïque fraîchement
indépendante, fondé par feu Sir Clement " Coxsone " Dodd, l'homme
qui a lancé le ska et produit les pionniers du genre, les Skatalites,
les Ethiopians ou les Maytals, groupes que l'on retrouve sur
cette compilation sans fausse note. On salue ici un choix pertinent,
qui évite le piège facile de la compilation de standards. Studio
One Ska présente des titres pour la plupart peu connus, mais
ô combien représentatifs des vibrations du ska originel, avec
y compris un tube d'époque, la chanson Put It On des Wailers,
alors jeune trio vocal parmi tant d'autres. A. B.
Smokey and Miho
The two Ep's
(Afro sambas El Diablo/Chronowax)
Collaborateur de Tom Waits, de Beck ou de Johnny Cash, le guitariste
Smokey Hormel est aussi un éminent compositeur de musiques
de films, on lui doit notamment la bande originale de Une
Histoire vraie de David Lynch. Fan de Baden Powell, il a
rencontré Miho Hatori, chanteuse de Cibo Matto. Ils ont
joué ensemble lors d'un hommage au grand compositeur
brésilien. Perfectionniste en diable, ils ont ensuite
enregistré un " ep " magnifique, suite logique
à ce concert, qui reprend cinq compositions signées
Baden Powell et Vinicius De Moraes. On imaginait à peine
qu'un Californien et une Japonaise puissent atteindre un tel
degré de musicalité brésilienne. Secondés
à merveille par le percussionniste Mauro Refresso, ces
morceaux possèdent une classe absolue, hommage remarquable
au guitariste brésilien décédé en
2000. Le chant sucré d'Hatori en fait une sorte d'Astrud
Gilberto nippone alors que la guitare d'Hormel souligne à
merveille le génie mélodique de Powell. Quatre
titres originaux et le standard " Nzage " complètent
ce set épatant. A coup sûr l'une des découvertes
world-beat de l'automne 2003.
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