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A


A Place Called Jamaica Part2
(Makasound/Discograph)

Deux ans après l'admirable compilation A Place Called Jamaica Part.1, qui présentait une sélection de pépites du producteur Derrick Harriott, le label Makasound récidive avec ce second volume de la collection. Le choix s'est fait cette fois-ci parmi l'immense production de singles et albums de Bunny " Striker " Lee, figure majeure de l'industrie musicale jamaïcaine des années 60 et 70. Doté d'un sens de la production indiscutable, le prolifique Bunny Lee est aux commandes de nombreux titres phares de cette période : Wet Dream de Max Romeo, Better Must Come de Del-roy Wilson ou Gypsage Woman des Uniques. Johnny Clarke, Cornell Campbell, Dillinger, U-Roy, bref, la crème des chanteurs et deejays jamaïcains est passée dans les studios du maître. Entre reggae roots et style flying symbal, les morceaux sélectionnés ici reflètent bien l'esprit de l'oeuvre de Bunny Lee ; riddims classiques pour du reggae roots. A Place Called Jamaica Part 2 s'ouvre avec l'hallucinant Great Musical Battle, sorte de combat de boxe surréaliste entre Bunny Lee et Coxsone Dodd, interprété par Derrick Morgan. S'ensuivent des reprises surprenantes comme la rengaine IWanna Hold Your Hand des Beatles par Glen Adams, et le mythique Gypsy Woman de Curtis Mayfield par Slim Smith. Lloyd Clarke, quant à lui, donne une interprétation tout à fait personnelle et réussie du Summertime de Gerschwin. Sont aussi présents Leroy Smart, Taper Zukie, Barry Brown et exclusivité, peut-être le seul morceau que Gregory Isaacs ait enregistré pour Bunny Lee, The Village. Aurélie Boutet.


Alfredo Rodriguez y Los Acereko
Cuban Jazz
(Naxos World)

Latin jazz. Sans doute, mais pas seulement. Loin de là même. Il y a aussi du guaguanco, du danzon, du son montuno dans le disque du pianiste et compositeur cubain. Alors pourquoi donc ce parti pris (volonté du musicien ou celle de l'éditeur ?) de faire davantage ressortir sur la jaquette le titre Cuban Jazz que le nom de l'artiste lui-même ? Cette erreur de présentation peut avoir pour effet pervers d'éloigner ceux que le latin jazz et ses effets de virtuosité agacent, ceux qui préfèrent la musique cubaine quand elle s'adresse directement au corps et invite à danser. C'est souvent le cas dans cet album, même si on y trouve une relecture de Duke Elligton (Caravan) et aussi des attirances pour un certain romantisme classique (ouverture de All The Things You Are, de Jerome Kern, ou Scène d'enfant de Robert Schumann), qui viennent rappeler qu'avant de jouer avec des grands de la salsa (Willie Rosario, Celia Cruz, La Sonora Matancera, La Lupe, Tito Puente, Jose Fajardo ou Carlos " Patato " Valdés), Alfredo Rodriguez a commencé son parcours en musique par une formation classique au conservatoire Eduardo Peyrellade de La Havane, puis au Henry Settlement School of Music, à New York. L'éclectisme affiché déconcerte peut-être, mais l'impression qui reste, quand la musique s'arrête, est tout de même celle d'un swing déluré et d'une pulsation chaleureuse grâce, entre autres, aux compères tambourineurs Tata Guïnes et " Chaguito " Quintana.
Patrick Labesse


Anthony B
Wise Man Chant
(Black Scorpio Records/M10)

Le prolifique deejay jamaïcain est de retour avec un album remarquable. Produit par Black Scorpio, cet opus reprend la formule gagnante des précédents : message engagé posé sur des riddims de qualité. Parmi les grands classiques du genre, le riddim real rock ou le rythme dub fire sur le titre Oh lord. Les amateurs apprécieront ce disque fidèle à l'image de son chanteur, épuré des propos machistes et homophobes, les slackness lyrics sur lesquels les rois du dancehall ont bâti leur renommée (et leur fortune…). Compilation de morceaux testés sur les dancefloors de Kingston ces quatre dernières années, ce disque réunit des titres sur lesquels Anthony B invite quelques confrères tels les DJs Yellowman et Sanchez, Mafia and Fluxy, les Roots Radics, et se loue le talent de la célèbre paire basse batterie de la Jamaïque, Sly and Robbie, pour signer un album puissant, manufacturé en Jamaïque. Aurélie Boutet.


Aventura
We Broke The Rules
(Up Music/Warner)

Les quatre membres du groupe Aventura viennent du Bronx. Ils appartiennent à la deuxième génération des Dominicains, émigrés à New York, dans le sillon des Portoricains. C'est dans l'île de leurs ancêtres qu'Anthony, Lenny, Henry et Mickey sont allés choisir leur style musical : la bachata. Née dans les années 1960, la bachata, est à l'origine un rythme populaire, romantique, jouée en trio (guitare, bongo, maracas) et faite pour être écoutée davantage que pour la danse. La bachata d'Aventura, passée par le creuset américain, vibre d'influences diverses : rock, pop et vaguement hip hop. La fidélité aux origines tient dans la tonalité mélancolique qui imprègne pratiquement toutes les compositions de l'album, à commencer par Obsesion, le tube d'Aventura. Si on peut leur concéder une certaine modernité, on ne peut pas dire que le résultat soit vraiment bouleversant. Cela reste de la variété latino bien tournée sans prétention révolutionnaire.




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