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The Klezmatics
Brother Moses smote the water
(Piranha/Night & Day)

Lorsque la rencontre a été envisagée entre le répertoire juif d'Europe centrale revisité par le célèbre groupe new-yorkais, porte-drapeau de la musique klezmer d'aujourd'hui, et le chant gospel des Afro-Américains, cette convergence inouïe aurait pu paraître quelque peu osée. A l'écoute de l'album, enregistré pendant un concert organisé l'année dernière à Berlin, on constate résolument que le pari est gagné. The Klezmatics y avaient convié Joshua Nelson et Kathryn Farmer, deux ténors de la musique née aux States au milieu du XIXe siècle suite à la fusion des chansons populaires des Noirs urbanisés avec les hymnes religieux des Evangiles. Si l'on considère la modernité presque effrontée de la formation d'inspiration yiddish (dont Frank London et Matt Darriau qui comptent parmi ses figures de proue), ll n'y a finalement pas de quoi s'étonner que ces heureuses trouvailles aient une grande renommée dans les milieux du jazz et de la pop. Grâce aussi au partage d'une forte composante spirituelle, l'osmose semble presque parfaite : la couleur tsigane et la séquence rock font également leur apparition dans les dix chansons, toutes douées d'une puissance expressive remarquable. L. E.


Tangata Rea
Tango Alla Baila
(Winter & Winter/Harmonia Mundi)

Les tangueros familiers des milongas ou des cours de tango reconnaîtront sans peine presque tous les titres de cet album sur lesquels ils dansent, comme l'ont fait leurs aînés depuis un siècle. Le leader du groupe Tangata Rea, et de l'ensemble Vale Tango, le pianiste Andres Linetzky, a choisi, avec son quintet enregistré live en 1997 au Club del Vino de Buenos Aires, de parcourir l'histoire du tango instrumental, telle que l'ont écrite les plus grands compositeurs, d'Enrique Saborido ou Angel Villoldo à Rodolfo Medeiros. Mais sans Piazzolla dont, comme l'on sait, le premier souci n'était pas d'écrire " pour les pieds ". Parmi ces tangos, déjà si souvent dansés, deux ont même connu une sorte de gloire lorsqu'un certain Carlos Gardel a pris la décision de les chanter (La Mariposa de Pedro Maffia, paroles de Celedonio Flores ou Tempos viejos de Francisco Tanaro, paroles de Manuel Romero). Enfin deux autres titres signés Eduardo Arolas (Comme il faut et El Marne, autrement dit La Marne) rappellent les liens tissés depuis le début du siècle dernier entre le tango et la France, où le compositeur est même décédé en 1924. Jean-Louis Mingalon


The Nuyorican funk experience
(Nascente/Night&Day)

Voilà des aspects bien ignorés de la musique latine, tel qu'elle se jouait à New York, il y a trente ans ! L'ambiance dans laquelle ont grandis les frères Jerry et Andy Gonzalez, au coeur du Bronx, avec leurs virées à Central Park, entre les rêves enfumés des hippies et les manifs contre la guerre du Vietnam, John Lennon en tête. Musique d'origine afro-latine mélangée avec du funk, du rock psychédélique, de la soul, cela donne du boogaloo et de la salsa-hip. Pour le meilleur et pour le moins bon. Evidemment, on est très loin des modes latines d'aujourd'hui. Ils étaient au meilleur de leur forme, Ray Barretto, Bongo Santamaria, Ismael Miranda, Bobby Valentin, Rafael Cortijo, Larry Harlow... En fusion latin-noire, ces orchestres avaient un son gras, très contagieux et osaient parfois des arrangements complètement inédits. Il y avait là, dans le barrio, une mine à explorer mais la salsa commerciale a pris ensuite le dessus, au grand dam de la musique, et de grands musiciens écartés de la scène comme Roberto Roena, Pete Rodrigues, Manny Oquendo ou Louis Cruz.


Trio Mocoto
Beleza ! Beleza !! Beleza !!!
(Ziriguiboom/Wagram)

N'allez pas chercher du raffinement chez Trio Mocotó. Leur musique est à consommer légèrement ivre, une cachaça à la main. Le cocktail bossa nova, rock, funk et soul de la samba est une musique de fête. Point barre. Mais malgré sa bonne humeur, certes contagieuse, Beleza ! Beleza !! Beleza !!! verse trop souvent dans les clichés de la fête à neu neu. Idéal pour animer une soirée arrosée, un mariage ou un saturday night fever à paillettes au Club Med, le nouvel opus de Trio Mocotó a certes de quoi devenir un succès commercial. Pas un succès artistique. Son côté facile, spontané, immédiat, lui permettra sans doute de dépasser largement le cercle des amateurs de musique brésilienne, mais les éclairs de créativité se font rares. Les participations de Zuco 103, d'Apollo 9, Wilson Simoninha et Max de Castro (les fils du fameux Wilson Simonal) peinent à relever le niveau. Quant à l'intervention de "l'humouriste" Beto Hora dans le rôle du commentateur sportif sur Replay (un vieil hymne footbalistique relifté par le Trio), mieux vaut être amateur de ballon rond.

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