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A
Antonio Carlos Jobim
Sun Sea And Sand Favourites
(Emarcy/Universal)
De son art complexe de la composition, on ne discerne jamais
les coutures. Les harmonies sophistiquées d'Antonio Carlos Jobim
vêtent la bossa nova, dont il est le maître absolu, de musiques
délicates et limpides. Cette compilation ne peut qu'enchanter
l'oreille malgré quelques maladresses quand l'ensemble des musiciens
n'est détaillé que dans 7 des 23 titres. Cela dit, la sélection
musicale, dont plus de la moitié provient des sixties (le reste
datant des années 70 et 80), s'avère passionnante. Figurent,
notamment, six plages avec Astrud Gilberto, deux avec Dorival
Caymmi, une avec le violoncelliste Jacques Morelenbaum (et un
orchestre). Excitante, la mouture de Chega de Saudade, chantée
par le jazzman Jon Hendricks sur l'accompagnement de Herbie
Hancock et Ron Carter. Les interprétations des standards Garota
de Ipanema, Desafinado ou So Danço Samba (avec Jobim au piano
et non à la guitare comme mentionné, celle-ci étant tenue par
João Gilberto, également au chant) remontent aux séances de
1963 effectuées par le saxophoniste mythique Stan Getz et João
Gilberto pour leur album en duo : un nectar de bossa. Fara C.
Astor Piazzolla
Vuelvo al Sur
(Milan/Universal)
La pièce qui donne son nom à l'album, une composition d'Astor
Piazzolla pour le film Sur de Fernando Solanas (1988), est l'une
des plus déchirantes de toute l'histoire du tango. Une rencontre
magique entre la voix cassée, profonde, belle à pleurer, d'un
Roberto Goyeneche vieillissant, et le Quinteto Tango Nuevo qui
regroupe, autour de " el troesma ", Pablo Ziegler (piano), Fernando
Suarez Paz (violon), Horacio Malvicino (guitare) et Hector Console
(contrebasse). Autant de complices qui, parmi d'autres (Osvaldo
Tarantino, Antonio Agri, Kichio Diaz, Oscar Lopez Ruiz, Daniel
Binelli, Gerardo Gandini, José Bragato…), ont accompagné Piazzolla
dans son aventure du nuevo tango, illustrée ici par des enregistrements
de ses plus belles compositions gravés en Argentine et en Europe
entre 1973 et 1989. Se succèdent ainsi sept autres pièces phares
de l'épopée piazzolienne (Adios Nonino, Libertango, Verano Porteño,
Tanguedia III, Mumuki, Luna, Tres minutos con la realidad) qui
montrent, s'il en était encore besoin, qu'entre le compositeur
de génie et l'instrumentiste hors du commun, il est difficile
d'établir une hiérarchie. Une compilation de rêve. Jean-Louis
Mingalon
Alta Fidelidade
(Iris Music/Harmonia Mundi)
Dans le besoin de se détacher de la surpuissante influence
du drum'n'bass londonien, l'electronica brésilienne,
notamment paulista, a opéré diverses transfigurations,
se tournant vers la musique populaire du Nordeste, la bossa
nova, le samba-rock, ou le soul-funk et le jazz brésilien
des seventies. Ces derniers seraient les sources de prédilection
de ce projet électronique, entamé par les producteurs-programmeurs
André Bourgeois (suisse) et Mano Bap, qui ont invité
une vingtaine de musiciens éparpillés en formations
distinctes selon les plages. L'idée d'alléger
le poids et de dynamiser la rigidité mécanique
des programmes était juste, mais la réalisation
se révèle en decà des attentes. Manque
d'idées musicales fortes pour les thèmes originaux,
interprétation approximative des musiciens, programmations
peu créatives qui n'arrivent pas à échapper
à la lourdeur, interventions vocales insipides, les meilleurs
moments reposent sur les reprises des classiques comme Berimbau
de Baden Powell, Aquarela do Brasil d'Ary Barroso ou un remix
de Balança Perna de Jorge Ben. Trop peu pour une musique
qui, d'après les propos de la présentatrice, prétend
être le son futur de São Paulo. Ne le souhaitons
pas !
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