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Meiway
Golgotha
(Lusafrica/BMG)

Sur le continent africain, l'Ivoirien Fréderic-Désiré Ehui, dit Meiway, est le seul qui puisse concurrencer les stars du ndombolo congolais, autre façon de dire soukous, en ventes de disques ou cassettes et en nombre de fans. Il y a bientôt une vingtaine d'années, cet artiste originaire de l'ethnie Appolo avait fait son entrée fracassante dans le paysage musical de la Côte d'Ivoire avec un nouveau rythme, le zoblazo, issu de la réunion de plusieurs styles de Grand-Bassam (sa ville natale située sur la côte, à l'est d'Abidjan), dont notamment la fanfare, à base de percussions du terroir et d'emprunts européens. Ce septième album demeure fidèle à ces racines et lui donne l'occasion de s'entourer de trois invités de luxe : les Ghanéen Kofo Antwi et les Congolais Lokua Kanza et Koffi Olo-mide, histoire d'afficher un certain esprit panafricain. L'homme est d'ailleurs engagé. Ses textes peuvent en appeler à la tolérance (Oh lélé) ou critiquer l'évolution des moeurs avec une surprenante ironie (" Autrefois, pour voir la culotte de nos compagnes/Il fallait les déshabiller/Aujourd'hui il faut leur écarter les fesses " ! !). Meiway mène son bal à la cadence de la nouvelle danse appelée prudencia, une sorte de dérision populaire des querelles politiciennes qui divisent son pays. L. E.

Manu Dibango
Voyage anthologique, années 60-70-80, 3 vol.
(Universal Music)

Manu Dibango, nous l'écoutons et le voyons depuis longtemps, sans avoir la notion exacte que le créateur de Soul makossa est un inventeur aux intuitions prémonitoires comme en témoignent les 47 titres réunis ici. L'un des nombreux mérites de cette imposante compilation est de nous faire entendre les enregistrements, parfois inédits, des années 60. Une époque où l'Afrique s'émancipe du colonialisme, ses villes grandissent au son de la radio, inventent une nouvelle identité. Le saxophoniste se révèle chroniqueur musical de ces accélérations de l'histoire. Son style s'affirme, sa versatilité impressionne (Nago Nago, Kamulango). Dans les années 70, Manu s'impose leader et compositeur d'une musique africaine qu'il lance sur les scènes du monde. Le saxophoniste agence les retrouvailles entre musiques noires des deux rives de l'Atlantique (Soul makossa). Depuis quarante ans, Manu Dibango ne se lasse jamais de revenir aux sources d'un blues africain. Le dessein de Manu est authentiquement africain et singulièrement global. A l'écoute des sons et des mouvements du monde, ses titres des années 80 (Goro City, Waka Juju, Senga Abele, Minçalor) résonnèrent avec quelques longueurs d'avance sur les modes.
Ariel de Bigault


Luis Morais
Boas Festas
(Lusafrica/Harmonia Mundi)

Le clarinettiste Luis Morais, mort en septembre 2002 à l'âge de 67 ans, fut un vieux compagnon de route de Cesaria Evora. Il l'accompagna en effet dès ses débuts à Mindelo puis composa de nombreux titres pour elle comme le swinguant Velocidade qui figure sur son dernier album, Voz d'amor. Mais l'aventure personnelle de Morais commence au début des années 60, quand il fonde en Hollande le mythique groupe Vos do Cabo Verde (Voix du Cap-Vert), avec d'autres musiciens de la diaspora cap-verdienne parmi lesquels Morgadinho (trompette), Djosinha (voix), Jean de Lomba (basse), Frank Cavaquim (percussions). Bien avant le succès planétaire de la diva aux pieds nus, Voz do Cabo Verde divulgua en pionner les rythmes de l'archipel. Enregistré en 1967, Boas Festas (Bonnes Fêtes) est un des premiers albums de cette formation qui puise dans le répertoire traditionnel tout en le modernisant. La plupart des compositions sont de Luis Morais dont celle qui donne son titre à l'album, sorte d'hymne du réveillon cap-verdien nous dit le livret (dont on regrettera au passage qu'il soit si laconique : il ne comporte aucun crédit). A l'entendre après plus de trente ans, sa clarinnette n'a rien perdu de sa fraîcheur. Elle n'a pas besoin de chercher la virtuosité, pour survoler l'ensemble avec une légèreté savoureuse qui nous plonge au coeur d'un autre Cap-Vert. Moins langoureux que les mornas gorgées de saudade de Césaria, plus proche du ton enjoué des coladeiras, grande spécialité de Morais. Les non-familiers du genre pourront peut-être trouver l'ensemble répétitif, voire monotone. Ce serait pourtant dommage de passer à côté des riches influences qui baignent l'album, comme le Brésil du choro, ce lointain descendant du fado, ou de la très belle ballade, Inclusive (notamment), qui clôt l'album avec émotion.


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