RENCONTRE
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| Virginia Rodrigues |
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K
Amadou Kienou
Sya
(Dunya Records)
Après avoir été djembefola soliste de la Troupe Nationale du
Burkina-Faso, le virtuose du djembe multiplie les collaborations
depuis 10 ans avec des batteurs comme Mamady Keita, Adama Dramé
ou des musiciens tels que Manu Dibango,Youssou N'Dour ou Baaba
Maal. Les oreilles toujours à l'affût de rythmes imprévisibles,
il arrache de son instrument des poly-rythmies d'une vertigineuse
complexité. Ici et là, on peut également entendre l'étonnant
tambour d'aisselle, tama, dont les aller-retours dans les gammes
provoquent des battements hypnotiques à couper le souffle. Loin
des excès de technicité démonstrative, Amadou Kienou déroule
ses frappes avec une progression délicate. Son jeu intense offre
une cascade de motifs toujours plus créatifs. On a du mal à
croire que cet instrument ne possède que 3 notes ! Les auditeurs
avertis pourront apprécier la touche particulière des rythmes
de tambours Mossi adaptés au djembé. Cet instrument n'a pas
fini de dévoiler les innombrables facettes de son patrimoine.
A. T.
Lokua Kanza
Plus vivant
(Yewo/Universal)
Désormais figure incontournable de la chanson française, les
douceurs de sa voix fragile et chaude peuvent bercer nos âmes
avec encore plus de force par des textes en français. Après
un album de toute beauté avec R. Bona et G.Toto en 2004, Lokua
Kanza nous livre des ballades bluesy, un morceau seul au piano,
une rumba soukouss, mais surtout le bouleversant Plus vivant
avec le Rwandais Corneille. Les choeurs ont le secret d'une
sensibilité immédiatement saisissable, comme son timbre de voix
intimiste. Son chant, irisé par un large spectre de nuances,
est celui d'un funambule céleste cherchant sans cesse son équilibre.
A. T.
Salif Keita
Remixes From Moffou
(Universal Jazz)
En 2002, Moffou a été pour Salif Keita l'album des retrouvailles
avec le guitariste Kanté Manfila, qui avait forgé ses premiers
succès, et avec les sonorités de son pays le Mali. La voix d'or
de l'Afrique a aussi reconquis son public mondial. Moffou a
été vendu à 75 000 exemplaires en France et 200 000 à l'international.
Voici donc Remixes From Moffou, dont la conception diffère de
bien des remixes à visée uniquement commerciale, quand le disque
réunit des réalisateurs différents et plusieurs versions de
certains titres. L'ensemble nous offre divers points de vue
sur l'univers du chanteur. Parfois, c'est juste un habillage
comme celui réalisé par La Funk Mob pour Ana Na Ming. Ou bien
le traitement est radical et percutant comme celui de Luciano
pour Yamore. Tissant un surprenant jeu entre voix et rythmique
Ark intensifie la pulsation, comme une danse africaine inédite.
Osunlade Atelewo imprime un rythme latino, soutenu par une basse
très dense qui se transforme progressivement en dub obsédant.
Les programmations de Charles Webster s'appuient sur les inflexions
rythmiques données dans l'original par les guitares et les ngoni.
Madan est l'un des titres les plus forts de Moffou. Déjà remixé
par Martin Solveig, il est ici à nouveau travaillé par trois
électro-musiciens : Gekko transforme l'ampleur et la profondeur,
Tim Paris propose un son sec et The Boldz change radicalement
la dynamique rythmique.
Kékélé
Congo Life
(Sono/NextMusic)
L'élégant rassemblement de quinquagénaires
fringants originaires du Congo revient tout aussi distingué
que lors de son premier et captivant album, Rumba Congo publié
par la même maison, il y a deux ans. Ce fut la meilleure
carte de visite du groupe pour être sollicité un
peu partout en Europe pendant tout ce temps. La cadence de Kékélé
d'abord lente, caressante, puis accéléréé,
brûlante, ne laisse aucun spectateur indifférent.
La amchine racée joue une musique épurée,
fine. Ellea été imaginée par les Dakarois
Ibrahima Sylla qui a fait de son label, Syllart Productions,
installé dans le XVIIIè arrondissement de Paris,
la Motown de la musique africaine : presque tous les grands
noms actuels de la scène du continent noir sont passés
par sa maison de disques. Sylla a eu l'idée de réunir
quelques fines lames de la rumba congolaise immortalisée
par Tabu Ley Rochereau et le regretté Franco, l'Elvis
d'Afrique. Cela donne Kékélé, une tête
de pont entre aujourd'hui et le passé où il n'y
avait pas des machines pour corriger les faiblesses artistiques.
La nostalgie de l'ancienne rumba, empruntée aux cousins
cubains par une jeune génération affamée
de nouvelles musiques dans les années 50, est détournée
par des arrangements, des réécritures contemporaines
de rythmes d'antan. Les guitares acoustiques, violon, saxophone,
flûte, accordéon sont d'une souplesse rare. D'ailleurs
Kékélé ne signifie t-il pas liane, en lingala
? Les voix, souvent haut perchées de Kékélé
semblent sorties tout droit du paradis. Leur douce sensualité
est une véritable prière. Le balancement voluptueux
de la musique de Kékélé est toujours une
révélation.
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