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Musique > Afrique

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B


Waldemar Bastos
Renascence
(World Connection/Night & Day)

"J'ai mis mon âme dans cette expérience". L'artiste n'y va pas avec le dos de la cuillère, mais au son de cette alternance de swing et de sacré, on comprend vite que la sincérité l'emporte. Il a 50 ans, il vit son premier retour en Angola depuis 20 ans.Après avoir beaucoup tourné et enregistré sur le label de David Byrne, il fait produire celui-ci par le Britannico-Jamaïcain Paul "Groucho" Smykle. Enregistré aux quatre coins de la planète avec un orchestre à cordes en Turquie, en Espagne, en Allemagne, à Londres, ce bel album est curieusement très " africain ", et toutefois ouvert, enjoué, et d'une grande précision vocale. C'est peut-être cela une oeuvre de maturité. Emmanuelle Honorin

Bllou Canta & Luciana Demingongo
Rumba lolango
(Lusafrica/Harmonia Mundi)

Duo vocal de choc de la musique des deux Congo, Ballou Canta et Luciana Demingongo font part de la nouvelle génération d'un genre qui a embrasé toute l'Afrique. Après avoir collaboré avec les grands ténors Koffi Olomide, Sam Mangwana et autres Papa Wemba, les deux compères se sont lancés dans l'aventure en duo et, profitant d'une certaine paresse artistique de la part des musiciens locaux, ils ont eu recours aux mélodies chaloupées de la bonne vieille rumba. Dans la foulée, ils ont même créé leur propre griffe, la rumba lolango, dont les spirales particulièrement sensuelles et le romantisme exacerbé nous rappellent que les dieux de l'amour sont les grands ambianceurs des nuits chaudes à Kinshasa et à Brazzaville. Guitare en boucle, rythmique syncopée, voix sucrées, ce disque parcourt les étapes d'un style qui n'a pas cessé d'évoluer d'une école à l'autre, des fiévreux refrains latins de ses débuts jusqu'au swing imparable des formes plus récentes. L. E.

Ba Cissoko
Sabolan
(Marabi/Mélodie)

Né à Kandara, en Guinée, voici trente-cinq ans, Ba Cissoko a peu fréquenté l'école. Enfant, il délaissait l'école pour les parties de foot. Inquiet pour l'avenir, son père le confie à son beau-frère à Conakry. L'oncle, Mbady Kouyaté, est directeur du Ballet national africain de Guinée et dernier grand maître vivant de la kora qu'il apprend à Ba, comme bon descendant de griot. Mais dès 1986, Ba Cissoko court jouer dans les hôtels de Conakry avant de rencontrer en 1992 Gilles Poizat, un trompettiste de jazz Français. Les premières fusions commencent. En 1995, sous le nom de Tamalou, le duo se transforme en quatuor, avec basse et batterie. Le groupe s'installe entre Conakry et Marseille. " Invité permanent " du festival Nuits Métis de La Ciotat, Ba Cissoko est régulièrement sollicité pour d'autres expériences (Ray Lema, DJ Yvi Slan). Il découvre le funk, le dub, les musiques sud-américaines, l'éléctro-pop et le rock. Il en fait un bouillonnant patchwork de sonorités. Ba est, dans ce premier disque, entouré de deux cousins, fils de Mbady Kouyaté, l'aîné Kourou, 24 ans, à la basse, et Sekou, le petit frère, un surdoué de 17 ans dont la kora branchée sur une pédale wah-wah produit un rythme étonnant entre Jimi Hendrix et Alvin Lee. Il y a aussi Ibrahim Bah, un voisin de quartier discret, agile et efficace, dont les frappes sur la calebasse percutent une machine increvable quand elles ne font pas croire qu'il s'agit-là d'un vrai batteur. Lemine Ould M. Salem


Bau
Silencio
(Lusafrica/Harmonia Mundi)

Un disque de guitare, un instrumental, renvoie nécessairement à d'autres références, aux grands inspirateurs du genre, les Narciso Yepes, les John McLaughlin ou je ne sais. Soyons clairs : on y pense ici aussi. Mais ce n'est pas une raison pour ne pas s'approprier cet objet de création comme une chose à la fois très ancienne et nouvelle, unique. Bau est un très grand musicien, un virtuose époustouflant et mieux que cela. C'est le spécialiste des cordes au sens large, toutes guitares, mais surtout de cavaquinho, une petite quatre-cordes très répandue au Brésil et au Cap-Vert. Né à Mindelo, comme Cesaria Evora, il colle intimement à son style - à moins que ce ne soit le contraire - car il n'est autre le directeur de son orchestre. Comme beaucoup, il a fait un grand tour des musiques d'autres mondes pour retrouver le sien. Il a collaboré à de nombreux projets, entre autres la B.O. du film d'Almodovar, Parle avec Elle. Alors ce son, on le connaît déjà bien, sans le savoir. Superbement charpentées avec basse, guitares, percussions, sax et flûtes passagères, ses mornas lascives, ses pimpantes coladeiras, réminiscences modernes de mazurkas ou autres airs surgis des migrations océaniques, sont servies par des arrangements somptueux.


Bushmen
Ju'hoansi
(Syllart Productions/Next Music)

Chez les Bushmen, on dit que si le son "goûte mauvais" ou "pue (la hyène)", alors la chasse sera infructueuse. Les femmes jouent des pièces avec un grand arc à quatre cordes pour attirer les animaux vers leurs maris qui de leur côté, font de même pour annoncer la prise de l'animal. En Namibie, les cithares et autres cordophones, sont considérés comme des médiateurs entre le monde surnaturel et le chaman musicien. Le son de ce disque provient d'une zone classée comme " conservatoire " : deux mille habitants disséminés dans une trentaine de villages au nord du désert du Kalahari. Entrecroisements de voix, claquements de langues, variations autour de la chasse, de la cueillette et du deuil... ce disque financé par le CNRS dépasse largement les limites du document anthropologique. C'est un merveilleux hommage au royaume des " petites musiques ". On découvre là un visage intime, une terre d'instruments de solitaires et de rêveurs. Ces ménestrels chuchotant stances et prières, renvoient aux lyres antiques, à une époque où chanter, c'était dire.


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