RENCONTRE
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| Virginia Rodrigues |
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A
Ali Boulo and Manding-Ko
Komo Féllé
(Frikywa/Nocturne)
La bonne musique africaine, celle qui ne s'est pas évanouie
avec la fin des modes exotiques des années 80 à Paname, on peut
l'écouter grâce à des albums comme celui-ci. Ali Boulo Santo
est un jeune artiste de Dakar, qui avait déjà été produit par
Frédéric Galliano sur son label Frikywa. Joueur de kora surprenant,
Ali Boulo Santo a adjoint une pédale wha wha à sa harpe. Ali
est en fait le neveu du plus célèbre koraïste sénégalais, le
Casamançais Soundioulou Cissoko dont il a hérité la connaissance
des arpèges classiques autant que le goût des ouvertures stylistiques.
On le remarque ici, avec son doigté quelque peu iconoclaste
aux accélérations prodigieuses et le sens inné des ornementations
mélodiques, parfois enveloppées par les riffs bluesy du trombone.
C'est un album riche de sonorités et d'effets, à la croisée
des deux cultures man- dingue (dont la kora est reine), casamançaise
(dont on entend le rythme des bougarabous) et dakaroise (avec
les frappes hypnotiques des sabar wolof).
Luigi Elongui
Acoustic Ghanaian highlife
(Arion/Night&Day)
On trouve maintenant sur le marché plusieurs disques
de musique high life - genre d'origine Ghanéo-nigérianne
qui mêle au folklore des ryhtmes caribéens - dans
sa version acoustique populaire. Mention spéciale pour
cet album car Aaron Bébe Sukura est un maestro incontesté,
un multi-instrumentiste (harpe-luth, senza, flûte, xylo),
une sorte de passeur qui aurait forgé un style. Son groupe
Local Dimension de l'Université d'Accra fait toujours
référence alors que le genre est en voie de disparition
pure et simple. La pauvreté, l'exode, le manque d'instruments
et la tendance gloable à l'électrique ont sérieusement
entamé la vivacité de cette pratique brute et
authentique. Ce mélangeunique d'influences jamaïcaines,
mandingues et ghanéennes dérive d'un style qui
fut joliment nommé par les occidentaux : " musique
de vin de palme ". Aujourd'hui le breuvage est remplacé
par l' " akpeteshi ", sorte d'eau-de-vie qui tue.
Mais la saveur musicale, avec son swing contagieux, elle, reste
intacte.
Africando
Martina
(Syllart Productions/Next Music)
Quand les Africains s'emparent de la salsa, ce n'est pas un
caprice, une fantaisie passagère ou incongrue. Pendant
des décennies, l'Afrique a chaloupé sur la musique
afro-cubaine, qui comme son nom l'indique doit beaucoup au continent
noir. En retour, elle lui a donné quelques idées
d'où sont nées le highlife ghanéen et la
rumba congolaise. L'histoire continue quand Africando pérennise
cette union libre mais indestructible. Des chanteurs africains
fous de salsa, des musiciens installés à New York
n'ignorant rien des rythmes canailles, des flamboiements cuivrés
de cette musique bienfaisante au corps : c'est tout cela Africando,
joyeuse et ardente équipe qui, plus de dix ans après,
continue l'aventure amorcée fin 1992 dans un studio new-yorkais,
avec au départ trois chanteurs sénégalais.
Depuis, le cercle des voix s'est élargi, les nationalités
se sont mélangées au fil des albums et les invités
de marque ne se font pas prier pour jouer le jeu. Cette fois-ci,
après Lokua Kanza, Salif Keita ou Koffi Olomidé,
ce sont Ismaël Lô et les Congolais Nyboma et Kester
Emeneya qui se mettent de la partie.
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