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Les soldats de Salamine

Roman de Javier Cercas
Traduit de l'espagnol par Elisabeth Beyer et Aleksandar Gruji
Editions Actes Sud


Javier Cercas enseigne la littérature hispanique à l'université de Gérone, de l'autre côté des Pyrénées, collabore au quotidien El Pais et se consacre à la littérature. Les éditions Actes rééditent en collection de poche Les Soldats de Salamine, unanimement salué, il y a deux ans, comme l'événement littéraire de la rentrée et adapté au cinéma par David Trueba.

Le récit commence comme un reportage. Un journaliste nommé Javier Cercas, présenté comme plus âgé que l'auteur homonyme, est envoyé par son journal à Collioure pour écrire un article sur le poète Machado, la plus grande voix de l'exode républicain. Il y apprend qu'au moment même où mourait Machado, les Rouges en déroute fusillaient Rafael Sánchez Mazas, le plus illustre des phalangistes, un de fondateurs du mouvement fasciste. Ce Sánchez Mazas n'est autre que le père de Rafael Sánchez Ferlosio, le plus grand écrivain de l'après-guerre. C'est ce même fils qui raconte au journaliste la condamnation de son père qui réchappe miraculeusement au peloton d'exécution des républicains. Lors de la battue pour le retrouver, un milicien le découvre, terré derrière un buisson, pointe son arme sur lui, le regarde longuement dans les yeux et crie à ses camarades : " ici, il n'y a personne ! ". C'est cette phrase qui détermine la suite de l'enquête. Javier Cercas - ou son homonyme - recherche celui qui n'a pas voulu tuer. Le narrateur s'identifie au début à Sánchez Mazas, sans doute parce qu'il est intellectuel et lâche comme lui. Il se demande comment un homme aussi brillant, cultivé et sensible a pu participer à l'élaboration d'une idéologie qui a entraîné l'Espagne dans l'abîme d'une lutte fratricide. Le narrateur finit par découvrir que le vrai héros du roman est un autre personnage que Mazas. Ce héros inconnu est sans doute Antoni Moralles, un communiste catalan, qui vit ses derniers jours dans une maison de retraite de Dijon. Après son geste, il s'est engagé dans la Légion étrangère, a participé à la campagne du Tchad avec les troupes de Leclerc, libéré Paris et poursuivi l'ennemi jusqu'en Autriche avant de sauter sur une mine. Il en porte les cicatrices sur son visage. Pour l'auteur, Moral-les incarne la noblesse absolue. Il s'est battu jusqu'au bout pour la liberté, comme les soldats de Salamine. Pour Javier Cercas, les vrais héros sont ceux qui sont tombés au champ d'honneur ou dans l'oubli. Ils ne sont pas morts parce qu'il y a encore quelqu'un qui se souvient d'eux. Ce roman les empêchera de mourir tout à fait.





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