Yalo
Roman d'Elias Khoury
Editions Sindbab/Actes Sud
Né à Beyrouth, rédacteur en chef du supplément littéraire du
quotidien An-Nahar, Elias Khoury est l'un des meilleurs romanciers
arabes de sa génération. Publié en 2002, La Porte du soleil
est considéré comme le roman du peuple palestinien. Avec Yalo,
Elias Khoury poursuit sa réflexion sur la mémoire. Peut-on effacer
les traces de la guerre civile au Liban sans en rechercher les
responsabilités et sans même en tirer les leçons ? Yalo a grandi
au milieu des combats comme une bête sauvage. Vivant avec sa
mère qui s'enfonce dans la folie et son grand-père qui exerce
mollement son ministère de prêtre syriaque, il se sent étranger
à tout ce qui l'entoure et participe à la guerre pour défendre
un pays qui n'est plus le sien. Il survit en prenant l'habitude
d'agresser les couples qui se rencontrent dans un bois à la
faveur de la nuit. Camouflé dans la pinède, il attend le moment
de fondre sur sa proie. Avant d'attaquer, il se redresse alors
que son long manteau noir s'emplit d'air et se gonfle, lève
ses bras comme deux ailes et dévale la pente. Il se sent comme
un aigle. Souvent, les hommes prennent la fuite en abandonnant
leurs compagnes entre ses bras. La scène se répète invariablement
jusqu'au jour où il tombe amoureux de l'une de ses victimes.
Au début, chaque fois qu'il la voit assise en face de lui toute
tremblante, il retrouve les sensations de l'aigle qu'il était,
mais en tombant amoureux il est atteint par la maladie de la
vérité et tout se retourne peu à peu contre lui. Lassée de ses
assiduités, la proie finit par le dénoncer à la police. En prison,
on interroge Yalo. Est-ce que les choses se sont passées comme
le prétendent ses victimes? Il ne s'en souvient pas. On le torture
pour lui faire avouer des crimes qu'il n'a pas commis. La peur
inspire des événements ou des faits qui n'existent pas. L'aveu
sous le supplice est pareil aux aveux amoureux : on perd soudain
le contrôle de sa langue. En achevant d'écrire sa confession,
il se rend compte que sa vie n'est pas réelle, qu'elle est déchiquetée
et incomplète. Ce Yalo, dont il ne cesse de réécrire l'histoire,
quittera ses feuilles manuscrites et se dirigera tout droit
vers la potence. Il se balancera au bout d'une corde. Ce n'est
plus son histoire qu'il écrit, mais celle de son personnage.
Il cherche son âme que cette femme avait accaparée. Elle est
désormais dans cette encre qui recouvre les feuilles de papier.
Un roman qui donne le vertige !
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