Le
Devoir de violence
Roman de Yambo Ouologuem
Ed. Le Serpent à Plumes
Né au Mali en 1940, Yambo Ouologuem a suivi des études
de lettres et de philosophie en France. Membre d'une communauté
qui a fait l'expérience de l'oppression raciale orchestrée
par les chefs peuls pendant près de cent cinquante
ans, il a échappé à l'influence de sa
famille qui entretenait des relations étroites avec
la caste dirigeante et se bat contre la tyrannie dont sont
victimes les musulmans noirs au Sahel. Le Devoir de violence
a été publié en 1968 par les Editions
du Seuil et a obtenu le prix Renaudot. Le roman a aussitôt
fait l'objet d'une violente polémique : Ouologuem a
été accusé de plagiat. Les implications
juridiques qui suivirent poussèrent l'éditeur
à le retirer des librairies. On sait maintenant que
ces emprunts étaient signalés dans le manuscrit
et que ces accusations étaient totalement injustes.
Mais si Le Devoir de violence a été censuré
en France, il est devenu un romant-culte sur le continent
africain et il a été étudié dans
le monde entier. On doit saluer cette réédition
aux éditions Le Serpent à Plumes. Yambo Ouologuem
retrace les sept siècles d'Histoire de l'Empire nakem
et de la dynastie Saïf. En l'absence de tout document
écrit, les versions des Anciens divergent de celles
des griots, lesquelles s'opposent à celles des chroniqueurs
et des historiens arabes. La tradition se perd dans la légende
et s'y engloutit, mais Ouologuem la fait revivre en dévoilant
au grand jour des horreurs que beaucoup auraient préféré
oublier. Au moment où le Blanc s'est lancé à
la conquête de l'Afrique, le colonialisme et l'esclavage
étaient en place depuis longtemps. Le continent fut
le lieu de tous les excès, de tous les pillages et
de tous les crimes, viols et massacres. Et pendant qu'on expliquait
aux peuples qu'il était misérable de penser
au lieu de croire au très-Haut, l'Eglise vendait les
anciennes idoles à prix d'or aux antiquaires et aux
collectionneurs.
Les castes dirigeantes se mirent au service des colonisateurs.
Saïf, décoré grand officier de la Légion
d'honneur, fut le sauveur de la France au Nakem et obtint
pension royale pour lui et ses fidèles. Les chefs et
les notables abreuvaient leurs enfants de culture blanche
pour mieux les élever parmi les Noirs. Raymond Spartacus
Kassoumi fut l'un d'eux. L'homme blanc s'est insinué
en lui et il a brûlé à grandes étapes
l'abîme qui le séparait de la prestigieuse civilisation.
Il fit des études laborieuses à Paris, décrocha
son diplôme d'architecte, se maria à une blanche,
engendra trois enfants, sortit indemne de la guerre et rentra
au pays... Il l'ignorait, mais son destin était tracé.
C'est que l'enfant n'a pas le choix. Il ne l'a plus du jour
où il s'assoit sur un banc d'école...
cette vaste saga magnifiquement écrite dénonce
évidemment le colonialisme. Yambo Ouologuem a ouvert
la voie à une littérature africaine débarrassée
de ce besoin maladif d'une histoire falsifiée. A la
lumière de ce qui se passe aujourd'hui dans le monde,
Le Devoir de violence est un roman d'actualité.
Dominique CIER
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