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VIETNAM - LES VERTUS DU PHO

A la recherche du secret de la soupe vietnamienne, on trouve d'autres trésors

Les visiteurs qui ont aimé Hanoï vous parlent à leur retour du grand lac Hotay, de la Pagode du Pilier Unique, du Temple de la littérature, et puis du lac de l'Epée Restituée ou du Temple Ngoc Son. Ils évoquent aussi la vieille ville, avec ses façades de sous préfecture coloniale.

Moi, j'ai le souvenir, dès les premiers faubourgs de la ville, de centaines, de milliers de jeunes femmes circulant en rang serrés sur des bicyclettes chinoises ou des vélomoteurs japonais. Le chauffeur essayait de se frayer un passage et je les voyais de derrière, presque toutes semblables, insouciantes, serrées dans leur vêtement traditionnel.

La Vietnamienne au teint abricot, qui m'avait accueilli à l'aéroport en brandissant une pancarte portant mon nom, s'était présentée dans un français musical comme mon guide pour les jours à venir. Avec un sourire, elle prononça son nom : Hoa, et m'invita à la suivre avec mon bagage vers une Nissan Bluebird vieille de 10 ans où attendait, en fumant, un jeune chauffeur au visage grêlé.

Je pris place à l'arrière tandis qu'elle s'asseyait à la droite du chauffeur. Les premiers kilomètres furent silencieux puis nous traversâmes une étendue d'eau presque immobile sur un pont de fer semblable aux viaducs français du début du siècle. Hoa se retourna et m'annonça en désignant l'eau "le fleuve rouge".
Aussitôt après le pont, nous pénétrâmes dans les faubourgs de Hanoï. Le chauffeur réduisit la vitesse : la route devant nous était occupée à l'infini par des bicyclettes, des chars à buffles, des carrioles tirées par des mulets, de vieux camions crachant d'épaisses fumées noires et des triporteurs chargés de fruits, de légumes et de volailles vivantes aux pattes entravées.
Il était 19 heures. C'est alors qu'apparurent, arrivant des rues adjacentes pour rejoindre la route principale, par centaines, les jeunes filles aux chapeaux en paille d'Italie, sur leur bicyclette ou leur vélomoteur, souvent par deux : l'une conduisant, l'autre installée en amazone sur le porte bagages. Au fur et à mesure qu'elles rejoignaient notre route, la circulation devenait si dense que le chauffeur réduisit encore sa vitesse, au point de n'avancer guère plus vite que les bicyclettes. Je demandai à Hoa qui étaient ces jeunes femmes. Elle me le détailla : " Ce sont les ouvrières des petits ateliers des faubourgs, des employées de bureau, des vendeuses et des étudiantes, qui après leur journée de travail, vont se promener sur les avenues autour du lac de l'Epée Restituée et du Mausolée du Président Ho Chi Minh. Elles espèrent trouver un mari ". Cela me paraissait aisé. " Les Tonkinoises ont découvert le secret de la beauté ", lui répondis-je. Hoa réfléchit un instant, et avec le plus grand sérieux commenta : " C'est probablement la soupe pho. Elle constitue la base de notre alimentation. Pauvre en graisse elle explique le faible pourcentage de maladies cardio-vasculaires, de diabète gras et d'excès de cholestérol que l'on observe à Hanoï ".
Nous étions arrivé à mon hôtel. Hoa prit congé en me rappelant : " Nous allons visiter la baie d'Halong demain. Il faut une dizaine d'heures de voiture et je viendrai vous prendre à l'hôtel à huit heures si cela vous convient ". Le lendemain, je retrouvai Hoa dans le hall de l'hôtel. Elle avait choisi comme vêtement une tunique traditionnelle jaune fendue sur un pantalon noir en soie. Je l'a saluai en lui assurant qu'elle illustrait parfaitement les vertus de la soupe pho et elle me remercia d'un sourire.
Vers une heure de l'après-midi, nous étions à quelques kilomètres avant Haïphong après quatre heures d'une route défoncée et encombrée par toutes sortes de véhicules. Le chauffeur arrêta la voiture derrière un gros camion pour attendre l'arrivée d'un bac faisant la navette entre les deux rives d'un large affluent du fleuve rouge. A vingt mètres à peine de la voiture, une marchande de soupe pho était installée dans une baraque en bois couverte de tôle ondulée, devant laquelle elle disposé deux tables bancales et quelques chaises empilables en plastique blanc. J'avais faim, et demandai à Hoa de m'accompagner pour déguster un bol de soupe. Elle me regarda en hésitant un instant, puis me dit : " Pourquoi pas ? Après tout, la soupe a longuement bouilli, et même un estomas d'Européen doit pouvoir la supporter sans risque ". Nous nous assîmes à l'une des deux tables, et Hoa échangea quelques mots avec la marchande. Quelques instants après, celle-ci déposa deux grands bols de bouillon, une assiette de feuilles de coriandre et de basilic, deux demi-citrons verts, et deux petits piments rouges. Elle ajouta deux godets pleins d'une sauce épaisse de couleur brune. Puis elle apporta six tranches très minces de boeuf crû et quelques boulettes, avec deux paires de baguettes en bois collées l'une à l'autre. Hoa me demanda si je savais me servir de baguettes : sur ma réposne affirmative, elle prit l'une des paires me les tendit et précisa : " A vous maintenant d'incorporer au bouillon les ingrédients de votre choix. N'oubliez pas de bien casser et chiffonner les feuilles de coriandre. Ce sont elles qui parfuement la soupe pho. Pressez beaucoup de citron vert si vous aimez le goût acide, et faites attention au piment. Nous allons déguster une pho tail chin bo vien, c'est-à-dire une soupe de trnaches de boeuf et de boulettes, mais pas de tripes. Les tranches de boeuf seront cuites après quelques instants dans le bouillon. Vous pouvez les tremper dans la sausce de soja avant de les avaler. Bon appétit ". J'écrasai donc les feuilles de coriandre et de basilic entre mes doigts et les jetai dans le bol, avec les tranches de viande et les boulettes. Puis j'ajoutai le jus d'un demi-citron vert, et un quart de piment rouge. Je goûtai prudemment le bouillon, qui me parut d'abord étrange : semblable à un pot au feu, mais fortement imprégné du goût des tiges d'oignon, de l'odeur insistante du coriandre et du basilic infusés à l'instant, de la saveur acidulée et un peu dérangeante du citron vert, avec en arrière plan le feu du piment. Je m'enhardis alors à pousser dans ma bouche les pâtes de riz gluantes, et les geermes de soja encore croquantes : puis je goûtai une boulette trempée dans la sauce brune du soja. C'est alors que le mélange des textures et des odeurs m'envahit de plaisir et que je devins un amateur inconditionnel de la soupe pho...

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