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RENCONTRE
Virginia Rodrigues

NOTRE SELECTION
Electronica brésilienne

SAUDADE BLEUE
Auteur pour Cesaria Evora, le franco-capverdien Teofilo Chantre sort de l'ombre de la diva pour signer son meilleur disque, bluesy et lumineux.

Sur scène, il y a ceux qui s'agitent, jouent l'exubérance, le cabotinage sympathique, la convivialité forcée. Et il y a les autres. Chanteur et auteur compositeur capverdien installé en France depuis plus de vingt-cinq ans, Teofilo Chantre, à la ville comme à la scène, est d'un naturel effacé. Presque timide. Il admet se reconnaître dans ce trait de caractère, mais tient à la nuance : "Ce n'est pas une timidité maladive. Disons que je serais plutôt réservé. Beaucoup de Capverdiens sont ainsi d'ailleurs. Ils ne se livrent pas facilement ". Pendant son enfance, il était tout autre, assure-t-il, très bavard même. " Ah, ce matin, Teofilo a avalé un poste de radio ! ", disait-on parfois. " C'est pendant l'adolescence que j'ai commencé à avoir des blocages de langage. Un léger bégaiement qui m'a poursuivi jusqu'à présent ", explique-t-il. La scène, dit-il, il y prend néanmoins de plus en plus de plaisir, ose même m a i n t e n a n t quelques déhanchements. Le trac ? "C'est naturel, à partir du moment où l'on s'expose, raconte Teofilo. Il passe dès la fin de la première chanson, quand les gens applaudissent. C'est magique ! Pour le combattre, il suffit d'un peu de concentration et … de vin rouge". Né en 1963 sur l'île de São Nicolau, terre de l'archipel du Cap-Vert, il a grandi jusqu'à treize ans à Mindelo, sur São Vicente, la ville et l'île de Cesaria Evora. Il est aujourd'hui l'un des compositeurs fidèles et préférés de celle qui a révélé au monde l'existence du Cap-Vert à travers sa musique, notamment la morna, blues insulaire dans lequel il est question d'amour perdu, d'abandon, d'exil et de nostalgie. Ce sont là les déclinaisons nuancées de la sodade créole, un vague à l'âme au creux duquel scintille toujours une lueur d'espoir. " Tout est dans la dualité du sentiment ", écrit en 1997 Véronique Mortaigne dans son ouvrage Cesaria Evora : La voix du Cap-Vert (Actes Sud). " Parfois, le Cap-Vert, lui-même, devient cette terre insaisissable, que l'on aime profondément pour sa douceur, que l'on peut haïr en proportion pour sa dureté, parce qu'elle ne donne jamais ".

La collaboration avec Cesaria Evora, amorcée sur Miss Perfumado, le quatrième album et révélation de la chanteuse, paru en 1992, pour lequel il signe trois n'empêche pas Teofilo Chantre de penser aussi à lui. Au printemps 1994, il entre en studio. Sous la direction musicale de Paulino Vieira, qui est alors directeur artistique des albums de Cesaria, Teofilo enregistre son premier disque solo, Terra & Cretcheu. On y découvre sa voix, un timbre à la douceur enveloppante, un jeu de guitare fluide et précis, des compositions au swing solaire. Teofilo Chantre y développe des mornas frémissantes de mélancolie, coladeras d'une souplesse enjouée et quelques attirances pour la bossa nova. "J'ai toujours été fan de bossa, avoue-t-il. J'en écoutais beaucoup quand j'étais jeune, notamment celle de João Gilberto et c'est avec cela que j'ai appris à jouer de la guitare vers mes 16-17 ans". Un de ses grands souvenirs reste cet après-midi ensoleillé de 1989, dans le jardin des Tuileries à Paris, où assis sur l'herbe, il s'est délecté successivement de Caetano Veloso, João Bosco et João Gilberto. Après Terra & Cretcheu viendront successivement Di Alma (1997), Rodatempo (2000) et un disque enregistré en public Live (2002) puis Azulando, cette année. Un album où il invite l'Angolais au timbre rocailleux, Bonga, et sa complice Cesaria Evora. " En fait, j'écris des chansons depuis très longtemps, depuis l'âge de 16 ans pratiquement. J'en mettais de côté ou bien je les chantais pour des copains. Je ne pensais pas monter un jour sur scène. Cela s'est fait petit à petit, dans des associations capverdiennes de Paris, dans des fêtes. J'ai commencé simplement par accompagner des gens, puis j'ai commencé à chanter, il y a une quinzaine d'années, et participé à un concours de chansons lusophones à Paris ". Cesaria Evora, c'est seulement à Paris qu'il l'a vue pour la première fois : "Elle, elle me connaissait quand j'étais gamin. Ma grand-mère était la marraine de sa soeur aînée". Outre Cesaria, Teofilo Chantre a aussi écrit pour Fantcha, Marina Ramos, Arielle, pour des enfants (projet Au fil de l'air, imaginé par Françoise Cartade, directrice artistique du festival Les Temps chauds)… " Si je devais aller sur une île déserte et n'emporter qu'une seule chose, ce serait ma guitare, car elle me relie à tout. Et qui sait, peut-être que je pourrai alors charmer quelque sirène ", croit Teofilo Chantre.

Patrick LABESSE

Album Azulando (Lusafrica/BMG), déjà sorti. .


BLEU LIBERTE

Azulando est un disque plus dansant que les précédents, avec des coladeras toujours, mais aussi des mazurkas et batuques. " Le titre est un mot portugais que l'on pourrait traduire par "bleuissant ", explique Teofilo Chantre, qui ajoute, en fait pour moi la couleur bleue renvoie à l'idée de sodade ". Dans Azulando, il y a des chansons assez anciennes comme Hoje, écrite en 1988 ou Encanto di cretcheu, et puis des nouvelles bien sûr, entre autres, Des bleuets dans les blés, un titre écrit en français par Marc Estève, connu pour son travail avec Art Mengo.Azulando, c'est aussi, pour la seconde fois, le témoignage de la complicité qui lie le chanteur à son père, Vitorino Chantre, installé à Rotterdam depuis 1977. Il a mis en musique trois des textes de son rejeton. " Il n'a jamais vraiment chanté, hormis à la maison ou bien la sérénade pour les fiancées, dit Teofilo. En revanche, il avait écrit des mornas dans les années 50 avec Amandio Cabral. En 1996, il a assisté à l'un de mes concerts à Bruxelles. Cela a déclenché à nouveau son envie d'écrire. Composer sur des paroles de mon père, c'est ma manière de lui rendre hommage, car il m'a toujours encouragé dans ma décision de faire de la musique, même s'il n'était pas tout à fait d'accord pour que j'aille jusqu'à en faire un métier ". Vitorino préférait voir son fils suivre un troisième cycle en administration économique et sociale à la Faculté. Mais après la maîtrise, la musique a emporté Teofilo


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