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RENCONTRE
Virginia Rodrigues

NOTRE SELECTION
Electronica brésilienne

CIBELLE EST DECIDEE
La nouvelle vedette de la scène électro-brésilienne signe un premier disque où elle rappelle l'esprit samba : triste et gai à la fois.

En français, son nom inspire le jeu de mot facile, Cibelle en ce miroir… D'accord, la beauté du visage saute aux yeux. Mais Cibelle est bien plus qu'un joli minois, c'est une voix versatile, des talents de compositrice issus d'un univers musical en pleine éclosion. D'ailleurs, au Brésil, où elle est née, il y a 25 ans, son prénom ne veut rien dire en particulier. Heureusement, car ce que craint Cibelle par-dessus tout, ce sont les carcans en tous genres et musicaux en particulier : " Au Brésil, les gens ont tendance à cloisonner les styles et chaque tribu musicale reste fermée sur ses frontières. C'est absurde ! On est Brésilien, on provient tous d'un grand mélange. Moi, par exemple, j'ai des origines à la fois italienne, portugaise, indienne et hollandaise… " Une identité plurielle, typique de São Paulo, sa ville natale. Cibelle est à son image : en mouvement perpétuel, et avec une musique très représentative de la scène électronique paulista : "C'est une musique cosmopolite, écrite à São Paulo, et donc forcément proche du son qui se fait là-bas. On baigne dans une même mentalité musicale".

Ce premier album, éponyme, combine ainsi douces ballades électro-bossa, sambas tristes et sambas gaies sur arrangements dub, rythmes funk, ambiance trip hop. Ce cocktail n'est pas sans rappeler le son de sa compatriote Bebel Gilberto. Ce n'est pas un hasard, car le mentor musical de Cibelle n'est autre que Suba, le producteur de l'album si réussi de la fille de João Gilberto. Yougoslave installé au Brésil, Suba a été un formidable catalyseur qui a donné son impulsion à la scène électronique brésilienne.

" Quand j'ai entendu la musique de Suba pour la première fois, c'était magique, se souvient Cibelle. C'était l'univers musical que j'entendais dans ma tête depuis quelque temps déjà. Grâce à lui, je me suis sentie plus normale. Enfin, quelqu'un voyait la musique comme moi ". Cibelle. et Suba se sont rencontrés dans les coulisses d'une de ces jam-sessions dont fourmille São Paulo à une époque où la belle chanteuse montait sur scène à l'occasion par passion pour la musique. Mannequin de l'agence Ford, Cibelle tournait alors dans de nombreuses pubs télé et voulait devenir actrice. En l'entendant chanter, Suba lui a proposé de se revoir dès le lendemain pour travailler ensemble. Cibelle posera sa voix sur trois titres de São Paulo Confessions, l'album de Suba, pierre angulaire du mouvement électronique.

Mais un drame interrompt cette ascension. En 1999, Suba meurt dans l'incendie de son studio. Cibelle est perdue. Sous le choc, elle perd la voix pendant plusieurs mois. Elle s'en sort grâce à la musique : tous les vendredis, avec des potes musiciens, elle organise sa propre jam-session dans le bar d'un ami, le Grazia a Dio à São Paulo. Là, sa voix se libère peu à peu dans un répertoire qui pioche dans les standards du jazz et de la musique brésilienne. Elle y forge aussi sa philosophie : " La musique est une photo d'un sentiment. Il ne faut pas vouloir prouver quoi que ce soit. Les choses conçues de manière trop cérébrale ne marchent pas. Je ne donne qu'une directive à mes musiciens : être à l'écoute de ce qu'ils ressentent dans l'instant ". L'instant, c'est le leitmotiv de Cibelle. Une liberté musicale qui va guider l'élaboration de son disque, coproduit par Apollo 9, qui a su retrouver l'osmose qu'elle avait avec Suba. Chaque jour, Cibelle arrive avec un poème, une harmonie, un son, un bruit, qu'elle veut intégrer. " Pour le morceau Waiting, par exemple, j'avais enregistré le bruit d'une caisse enregistreuse et d'un freezer au supermarché, précise-t-elle. Apollo a enregistré les sons, rajouté une basse. J'ai commencé à chanter comme ça, le micro à la main, affalée dans un fauteuil. C'est cette voix-là qu'on retrouve dans le disque, dans l'ordre où je l'ai chanté. On n'a rien touché, on a juste rajouté plein de trucs par-dessus. Tout l'album s'est fait comme ça ". Une pléiade d'invités prestigieux participe à l'aventure : le percussionniste João Parahyba du trio Mocoto, le rappeur Xis, les producteurs du groupe Morcheeba, Chris Harrison et Pete Norris, ou le pianiste bossa nova Johnny Alf, qui lui donne la réplique sur Inutil Paisagem, hommage poétique au maître Tom Jobim. Le résultat final lui ressemble : mélange d'énergie et d'enthousiasme inaltérables, ponctués d'accès soudains de mélancolie, de saudade, qui imprègnent certains titres comme Um so segundo (une seule seconde), ou Pequenos olhos (petits yeux). Un esprit fondamentalement samba, en somme, qu'elle chante si bien dans le sublime So sei viver no samba, composé par son ami Ari Moraes, où elle avoue : " Je ne sais vivre que dans la samba, (...)/ La samba est pure émotion qui vient du coeur qui pleure de plaisir " .

Isabelle BOUDET

Album : Cibelle (Crammed Discs/Warner Music), déjà sorti.

SÃO PAULO A 450 ANS

Née et grandie à São Paulo, Cibelle est un pur produit de la capitale économique du Brésil. Sa famille a fui l'Etat d'Alagoas pour trouver refuge, comme tant d'autres, étrangers et Brésiliens, dans la ville qui fêtait le 25 janvier dernier ses 450 ans. Fondée en 1554 par des Jésuites, São Paulo, qui compte aujourd'hui plus de dix millions d'habitants (plus de 17 millions avec les banlieues), a vu son anniversaire placé sous le signe de la musique électronique. La mairesse Marta Suplicy avait en effet prévu parmi les réjouissances, un défilé de 20 camions sonorisés le long d'une des principales avenues de la ville. Pleine d'énergie, elle a d'ailleurs mené le cortège, dansant au côté de la chanteuse Daniela Mercury et envoyant moult baisers à la foule. Seraient-ce les premiers gestes de la prochaine campagne des élections municipales en octobre 2004 ?


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