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Virginia Rodrigues

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Electronica brésilienne

BAROUD RAI
Marocain de Lille, Hanino arrive dans le rock maghrébin avec un sens aigu de la scène et une musique menée tambour battant.

De la terrasse du McDo, qui lui fait face de l'autre côte de la large chaussée, on a une superbe vue panoramique sur la place du 16-Novembre, à deux ou trois rues de l'esplanade de Djemaâ El Fna. Il est autour d'une heure du matin sous une température idéale quand la foule se disperse : Hanino vient d'achever son show. Les bimbos de Marrakech, plutôt brunes sous ces latitudes, s'engouffrent dans des voitures rutilantes qui démarrent à toute allure, quand elles ne minaudent pas adossées à d'autres véhicules avec des garçons aux tenues siglées de toutes les griffes internationales, notamment américaines. Les moins riches enfourchent leurs pétrolettes pétaradantes et autres bicyclettes grinçantes pour regagner leurs lointaines banlieues. C'est la fin de la fête de la musique dans la capitale touristique du royaume. Ici, la manifestation, inventée en France il y a plus de vingt ans, dure trois jours pour la troisième année consécutive. Au pied de la scène, il se passe de drôles de conciliabules entre les organisateurs de la fête et deux ou trois groupes laissés sur le carreau. En effet, le public a quitté la place aussitôt Hanino descendu de scène. Le malentendu est cruel pour les groupes de hip hop et de R&B venus spécialement de France, convaincus de leur notoriété parmi la jeu-nesse marocaine pour passer en fin de soirée comme toute grande vedette. Mais les jeunes spectateurs de Marrakech, eux, considéraient que Hanino était la star de la fête et que donc après lui, la soirée était terminée. Cette fête de la musique 2004 reste en fait le premier test grandeur nature du degré de renommée de Hanino dans son pays natal, connu jusqu'ici que par ses enregistrements.

Hanino est sur scène les trois soirs de la fête de la musique pour dire et montrer qui il est artistiquement. Le sourire volontaire et immaculé, la pose télégénique comme la plupart des artistes de sa génération façonnés par les boys bands puis la Star Academy, Hanino possède une aisance remarquable sur scène, un atout qui a fait défaut aux vedettes du raï quand leur formidable chant rageur déboulait sur les scènes du monde, il y a vingt ans. L'orchestre, vite bricolé pour l'occasion, martèle les premières mesures d'un raï véhément quand Hanino déboule, chemise écarlate pour déclamer pendant plus d'une heure chansons de son cru et reprises plus ou moins détournées du répertoire marocain et algérien. La musique rythmée par des frappes sèches et furieuses, Hanino sautille, court le long de la scène, interpelle le public et le met dans sa poche avec un mélange d'audace et de candeur.

A dix ans Hanino est venu en France rejoindre son père maçon à Lille. Né à Oujda en 1976, ville frontière avec l'Algérie, Hanino vivait avec sa mère, sa soeur et son grand-père paternel tenancier d'un petit bazar dans cette métropole de l'est marocain qui a donné au raï Cheb Mimoun, Kamel El Oujdi et les frères Bouchnak. Comme pour beaucoup de jeunes de l'autre côté de la Méditerranée, il confondait la France avec le paradis. Grosse déconvenue. " Ce n'était pas mieux qu'à Oujda ! ", dit aujourd'hui celui qui passait seul ses journées de gamin à attendre dans l'appartement le retour de son père du boulot. L'absence de la mère est terrible pour un adolescent qui n'a pas de copains, ne parle pas français, ne va pas à l'école. " La femme d'un copain de mon père me donnait de temps en temps des cours de français. J'ai mis deux ans pour régulariser ma situation, être scolarisé, me faire des copains ", se souvient Hanino. Tout va mieux quand la mère et la soeur rejoignent à la faveur du regroupement familial le foyer paternel à Lille.

Hanino pousse de la voix depuis ses 10 ans dans une famille qui comprend une demi-douzaine de cousins chanteurs ou musiciens. Il est fortement encouragé par son cousin Chérif Hassan, une petite notoriété dans la chanson marocaine Les cousins l'emmènent souvent dans les fêtes de mariage qu'ils animent. " Je les ai écoutés. Le déclic s'est fait au mariage de ma soeur. J'y ai chanté une chanson, ensuite deux, puis je ne me suis plus arrêté ", raconte Hanino en rappelant qu'il a suivi des études de tourisme. Il rate son CAP pour ne pas s'être réveillé le matin de l'examen : " Je croyais que c'était dans l'après-midi. J'ai surtout compris que je n'étais pas fait pour les métiers du tourisme ". A Lille, Hanino intègre en 1992 Oxygène, un groupe raï rap réussissant une petite percée locale et une première partie d'IAM. Toujours attiré par le raï et plutôt par le reggae que le hip hop, Hanino fonde son propre groupe, El Hanane (la tendresse). Il enregistre sa première bande au Maroc en 1997, accompagné par ses idoles, les frères Bouchenak, et commence à se faire connaître avec le titre Al Bardia. Hanino sort coup sur coup deux ou trois autres cassettes, histoire de ne pas se faire oublier par un public qui enterre vite le succès précédent : " Je voulais maintenir la pression ". Producteur de disques et manager de Cheb Mami, les oreilles constamment à l'affût des deux côtés de la Méditerranée, Michel Lévy remarque Hanino et lui fait faire quelques premières parties de la star du raï qui, séduit, encourage le nouveau venu.

Après quatre ou cinq cassettes, Hanino élargit son public dès l'été 2004 quand son album sort d'abord au Maroc. La voix solide, il s'est forgé un style, une musique à mi chemin entre le raï et la chanson marocaine mené tambour battant. Les longues mélopées d'antan n'ont plus court, bousculées par une cadence percutante, un rythme de guerre tribale qui enivre les combattants comme l'odeur de la poudre, puisé dans la tradition algéro-marocaine. Hanino est la nouvelle promesse du raï, rock du Maghreb toujours dans l'actualité au bled mais à la recherche d'un second souffle international.

Bouziane Daoudi - Photo : Pierre RENE-WORMS (à Marrakech)

Album : Wach eddak (MLP/EMI), sortie mars.

RYTHME DE GUERRE

Le disque de Hanino remet à l'honneur un rythme qui a longtemps nourri le raï traditionnel. Cheikha Rimitti, toujours active malgré ses 82 ans, a souvent usé du aâlaoui (appelé aussi regada), ancienne musique de guerre des tribus de l'ouest algérien et de l'est marocain. Hanino fait une pop raï saccadée de cette cadence de percussions arides, de bendirs vibrionnants qui plongeaient les combattants dans une transe furieuse. Sur un tempo électrifié, transposé sur des guitares, Hanino déclame ses improvisations urgentes sur l'amour, pas toujours idyllique, la jalousie, le désir : " Faites-moi le visa voici mon passeport/Ma chérie m'a appelé/Paris au secours ". "Je suis souvent inspiré en marchant dans la rue. J'appelle alors chez moi pour laisser des bouts de chansons sur mon répondeur ", raconte Hanino. Outre la vie quotidienne, le patrimoine marocain reste une constante source d'inspiration pour lui quand il en détourne des thèmes pour les actualiser avec les préoccupations des nouvelles générations. Il adapte Sidi H'bibi (devenu Quelle est belle) à l'exemple de la Mano Negra qui a transformé, il y a plusieurs années, ce standard en suucès du rock alternatif. " Ce disque, je l'ai réalisé avec beaucoup de coeur. Je voulais qu'il soit un hommage à nos musiques ", dit Hanino. Outre l'aâloui, Hanino mélange son raï au chaâbi marocain, au reggae pour chanter : "J'arrive prépare le thé/Tes yeux m'attirent comme ta taille".


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