RENCONTRE
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| Virginia Rodrigues |
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NOTRE SELECTION
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| Electronica brésilienne |
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CHEB
MAMI - RAÏ MULTIPLE
La carrière américaine freinée par le 11
septembre 2001, la chanteur de raï repart avec une série
de duos anciens et de nouveaux où il s'associe à
Zebda, Zucchero, Corneille, Susheela Raman.
" Ce que j'ai compris à propos du raï, c'est
que l'on peut prendre du reggae, le funk, du calypso, du rock,
ce que vous voulez, du blues, du jazz, et les mélanger
aec cette musique. Cela donne toujours quelque chose de nouveau
et ça reste quand même du raï. C'est comme
dans la jazz, tout ce qui vous semble bon pour le son, l'oreille,
pour l'âme, c'est OK. " Ainsi parle Nile Rodgers,
l'ancien du groupe Freak, producteur de diverses stars planétaires,
qui a réalisé à New York la majeure partie
de Dellali, l'avant-dernier disque de Cheb Mami, alors qu'il
ne connaissait pas le raï auparavant. Rodgers s'est trouvé
confronté à un travail inédit pour lui.
" Avec Cheb Mami, avoir le funk, le groove, semble très
naturel. Le premier jour où nous avons enregistré,
nous avons essayé de comprendre avec mon équipe
comment mélanger et mixer funk et raï. Dès
la première chanson que nous avons faite, le mariage
était parfait. C'était magique ", se
souvient le producteur new-yorkais.
Avec Du Sud au Nord, le cheb (jeune, en arabe) confirme les
propos de Rodgers en rassemblant une série de bons compagnonnages
du raï avec d'autres rythmes, le rap des K-Mel et 113,
le reggae d'Aswad, de Ziggy Marley et de Corneille, le raggamuffin
de Tonton David, le rock romantique de Zucchero ou celui énergique
de Zebda, la ballade world pop de Susheela Raman. Une sélections
des duos que Mami a effectués sur ses albums quand il
ne les a pas réalisés pour le compte d'autres
artistes tel Sting. L'ancien chef de Police écoule à
chacun de ses nouveaux disques 4 millions d'exemplaires en moyenne.
Desert Rose, extrait de Brand New Day, a donc
largement amplifié la voix de Mami dans le monde faisant
de l'ancien prince du raï, le chanteur du rock algérien
le plus écouté sur la planète. Il est désormais
roi de la rue algérienne où il ne peut plus faire
quelques pas sans provoquer des attroupements frisant l'émeute.
Hôte prévenant, Sting laisse Mami ouvrir Desert
Rose de sa voix haut perchée. " Il chante
haut, comme un oiseau ", dira la pop star de son jeune
complice. Des simili flammes s'élevant de chaque côté
de la scène. Sting est en jaune, Mami en chemisette rouge.
Ils chantent en ouverture du Super Bowl, la finale du football
américain. C'est la première fois que les Américains
invitent des artistes étrangers à chanter pour
le sport qui les rend fous. Il son tplus de 130 millions de
téléspectateurs, scotchés devant leur petit
écran pour suivre l'issue de la saison de leur foot,
en train de voir chanter ensemble un Anglais célèbre
et un Arabe inconnu que les commentateurs de la retransmission
leur ont présenté avec un professionnalisme que
l'on devrait méditer de ce côté-ci de l'Atlantique.
C'était le 28 janvier 2001 à Tampa, lieu de la
finale en Floride, l'Etat qui a porté Bush fils au pouvoir.
Le plus grand marché musical du monde s'ouvrait alors
au raï quand Cheb Mami participait aux plus grandes émissions
de télé américaines. Le carnet de commande
des concerts à la rentrée 2001 se remplissait.
La carrière américaine du cheb franco-algérien
allait démarrer sous les meilleurs auspices quand quelques
mois plus tard, deux avions islamisés en plein ciel font
tomber les tours jumelles du World Trade Center comme des châteaux
de cartes. L'Amérique pleure et claque la porte au nez
des Arabes. Mami se remémore alors début 1991
où ses concerts sont annulés en France à
l'heure des premières frappes sur Bagdad durant la première
guerre du Golfe. Son album, Let Me Raï, le premier
du genre enregistré aux Etats-Unis, est flingué
en plein vol. Les radios françaises, relativement ouvertes
aux rythmes colorées à l'époque, ferment
leurs ondes à tout ce qui leur semble évoquer
le conflit. " Le bouche-à-oreille a fait vivre
Let Me Raï qui m'est encore demandé de chanter aujourd'hui.
Le téléphone arabe semble plus fort que CNN
", raconte Cheb Mami qui se souvient quand lui, Khaled,
Fadéla, Cheb Sahraoui ou Houari Benchenet déclamaient
sur des cassettes vite enregistrées leurs chants brûlants
et insolents, ils ne passaient pas sur les ondes algériennes
alors qu'ils étaient les dieux de la jeunesse du pays.
" Vous m'avez trahi comme ça ", chantait
Mami sur son album Meli meli en 1996 avec K-Mel, rappeur
du collectif Alliance Ethnik. Mami n'oublie jamais de déclamer
Ce Parisien du Nord, chant anti-raciste, durant ses concerts
où une bonne partie de son public, qui vibre aux propos
indociles du raï et du rap, sait de quoi il parle. Il réactualise
aujourd'hui ce partage " des deux côtés
de la mer " qu'il chante en trio inédit avec
les frères Amokrane, Mouss et Hakim de Zebda (beurre,
en arabe...). Des 2 côtés commence par un accord
catalan qui tourne en un rap-raï décalé et
réussit à concilier fluidité et nervosité
à la fois. " Où est ma place ma gazelle/Où
aller ici ou là-bas ", se demande l'homme du
raî, alors que les frangins toulousains détournent
le déchirement dans des jeux de mots et de maux doux
amers : " Ce n'est pas de ma faute/Ce n'est pas du pipeau/Si
des deux côtés on est amer ". Dans l'alliance
avec le groupe de rap 113, Mami chante dans le morceau sans
équivoque Clando : " C'est pour la jeunesse perdue/Je
suis trop jeune et mes cheveux blanchissent déjà
en ce monde ". La voix ronde du 113, Rim-K, réplique
: " On n'a pas choisi, on attérit ".
Mami a fait de nombreux duos. Curieusement, Du Sud au Nord,
où figurent quatre duos inédits (avec, outre Mouss
et Hakim, Zucchero, Susheela Raman et Corneille), reste marqué
par les associations artistiques qui évoquent l'exil,
l'incompréhension, déplorent la haine et la domination.
" Je ne suis pas un fugitif/Je ne m'enfuie pas ",
lâche dans son toast Tonton David. Dans Fugitif, une des
meilleures réunions raï-raggamuffin, Mami n'oublie
pas la solitude ; " Sans parents ni amis en ce monde/Où
beaucoup de gens sont lésés par leurs semblables
"; Des duos qui traduisent aussi le parcours artistiques
de Mami. Dans la répartie amoureuse Youm wara youm
(jour après jour), Mami chante avec Samira Saïd,
artiste d'origine marocaine installée depuis des lustres
au Caire pour devenir une vedette de la chanson égyptienne.
L'association house orientale, anecdotique ici, semble un sage
échange entre les deux parties. Samira est censée
élargir le public de Mami au Moyen-Orient et lui, en
retour, lui ouvre le coeur de la jeunesse maghrébine
qui depuis le triomphe du raï accorde peu de place aux
autres musiques du monde arabe. L'émouvant duo avec Zucchero,
Cosi Celeste (qui sera publié sur le prochain
album du rocker italien) est davantage porteur d'avenir. Cette
rencontre métèque et dépoitraillée
chante un déchirement clamé par des timbres qui
rivalisent de puissance. Mami montre là de quoi il est
capable quand il est confronté à une voix vigoureuse.
Les défis constituent ses meilleurs stimulants. Ils le
gardent éveillé pour rester toujours un chanteur
d'exception.
Cheb premier
A la fin des années 70, ils
sont une poignée de jeunes chanteurs à déclamer
à coups de synthétiseurs naïfs et de
guitares électriques nerveuses un chant qui en
finissait avec les tabous sur l'amour, le sexe, l'alcool.
Ils sont tous d'Oran, la métropole de l'Ouest algérien,
la ville la plus métissée du pays durant
l'époque coloniale. Les producteurs de cassettes
locaux les ont affublés de l'épithète
de cheb, jeune, chaba au féminin. Chab Khaled,
Chaba Fadéla, Cheb Sahraoui, Cheb Hamid ou Houari
Benchenet, sont joints au début des années
80 par Cheb Mami, le plus jeune d'entre eux qui n'est
pas d'Oran. Mohamed Khélifati est né le
11 juillet 1966 à Saïda, petite ville au Sud
d'Oran, dans la modeste famille d'un employé d'une
fabrique à papier. Il venait de se faire remarquer
dans un concourt de chant à la télé
algérienne en réalisant la meilleure performance
malgré un injuste second prix. Un éditeur
d'Oran produit alors sa première cassette en 1983.
Cheb Mami a 17 ans. Il fait vite partie du petit club
des chanteurs oranais que toute la jeunesse algérienne
écoute uniquement sur cassette, dans les fêtes
de mariages, pour ceux qui peuvent y accéder, dans
les cabarets pour ceux qui ont les moyens de se le permettre.
En 1985, Cheb Mami vient à Paris s'acheter quelques
matériels musicaux avant de rentrer chez lui. Il
n'a plus quitté la France.
En janvier 1986, est organisé à Bobigny,
en banlieue parisienne, le premier festival de raï
hors d'Algérie. Y figurent Chab Khaled, Cheb Mami,
Chaba Fadéla et son époux à l'époque,
Cheb Sahraoui, Cheb Hamid et le groupe Raïna Raï.
La presse française ouvre ses colonnes et ses micros
à ces jeunes chanteurs qui sentent le souffre en
Algérie et attirent des centaines d'immigrés
à Bobigny, certains venant directement de Belgique
pour l'événement. La France vient de découvrir
les descendants de ses immigrés maghrébins
qui marchent sur Paris le 3 décembre 1983 pour
l'égalité des droits et contre le racisme,
comme une version française de la marche des Afro-Américains
menée par le révérend Martin Luther
King le 28 août 1963 sur Washington.
L'intérêt des grandes maisons de disques
pour le raï tombe très vite quand elles découvrent
que le dynamisme du marché de la cassette de Barbès
et l'actif réseau des concerts communautaires ne
sont pas régis selon leurs normes. Entre-temps,
produit par un label indépendant de Belleville,
Cheb Mami inaugure une série de premières
fois pour un chanteur de raï. Il sera le premier
à chanter à l'Olympia en 1986, aux Etats-Unis
trois ans plus tard, à enregistrer en Amérique
en 1990, à remplir deux Zénith parisiens
de suite en 1998 et un Bercy sur son seul nom en 2001. |
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