L'EDEN
DES KUNAS
En mer des Caraïbes, les Indiens
Kunas défendent farouchement leur royaume, l'archipel
de San-Blas. Sous forme de carnet de voyage, récit d'une
rencontre inédite.
Au large du Panama, dans la mer des Caraïbes, l'archipel
de San-Blas regroupe 365 îles abritant les Indiens Kunas.
Au nombre de 35.000, les Kunas forment une communauté
forte de ses traditions culturelles préservées
au fil des siècles d'une histoire tourmentée par
l'invasion des conquistadors en quête de l'Eldorado et
de ses richesses. Respectueux de la nature, les Kunas y puisent
leur indépendance et leur énergie. Pêcheur
ou artisan, l'Indien treverse la vie avec sérénité,
vivant au jour le jour, sublimant la famille et les rituels.
A l'aéroport de Panama City, une heure d'Aero Taxi me
sépare de ce petit paradis. Les Indiens Kunas ont leur
propre compagnie d'avions taxi, qui est, avec la mer, leur seul
lien avec le Panama. Certains îles trop petites, ont même
été remblayées pour supporter une piste
d'atterrissage parfois précaire. C'est une bonne raison
pour voler sur la compagnie Aéro Kuna, la plus sûre.
A l'embarquement, un panneau aux patines et couleurs Kunas,
rappelle de bien se munir de son passeport. Il arrive que les
narcotrafiquants de Colombie ou la guerilla viennent dérober
un avion aux Kunas en le détournant tout simplement.
Si c'est le cas, il vous sera alors demandé de bien vouloir
déposer votre arme sur un plateau présenté
par une charmante hôtesse de l'air, avant de monter dans
l'avion de huit places. Et si vraiment c'était le jour
" pas de chance ", une fois déposé en
Colombie, votre passeport serait très utile à
l'hôtesse de l'air... Cela fait bien 10 ans que je fais
ce voyage régulièrement et rien de tel ne m'est
jamais arrivé : ou ma destinée n'est pas de vivre
auprès d'une charmante hôtesse, ou bien j'ai beaucoup
de chance !
De toute façon, le paradis se mérite. Nous survolons
à présent le canal de Panama, chef d'oeuvre d'ingéniosité,
cordon d'eau creusé par la main de l'Homme au siècle
dernier pour réunir les deux grands océans. La
forêt se dérobe sous les ailes de notre petit Cesna,
la canopée est en fleur, les flamboyantes peignent cet
enfer vert de taches rouges et jaune vif - d'où leur
nom. Une mélodie musicale s'est substituée au
ronronnement arasant du moteur, mon imagination est au plus
haut, le vol est magique.
Sortie d'une nappe de brouillard, après avoir survolé
la cordillère dans une cotonnade de nuages, notre arrivée
sur l'archipel restera gravée dans ma mémoire
pour l'éternité. Nous plongeons soudainement dans
un tableau. Les îles sont posées sur cette mer
de tous les bleus telle une colonie de tortues géantes
côtoyant les côtes du Panama. Elles communiquent
au rythme des pirogues à voile qui se font de plus en
plus présentes au fur et à mesure que l'avion
amorce sa descente.
Il est temps de ranger votre montre au fond du sac ! Non pas
que les Indiens Kunas soient voleurs - loin de là -,
mais vous êtes bien entré dans l'espace du non-temps,
uniquement rythmé par le lever et le coucher du soleil.
Vous allez pouvoir savourer pleinement le bonheur de vous retrouver
à la naissance du monde - le Nouveau monde ! - au sein
d'un peuple merveilleux, dont le seul mal est d'être une
minorité.
Seules quarante de celles îles sont habitées. Les
Kunas vivent en communauté de 100 à 1.000 individus
par villages surpeuplé, dans une architecture compacte
de bambou qui ne laisse aucune place à la verdure. Ces
îles inhabitées sont des jardins d'Eden posés
sur un écrin d'azur. A quelques bords de pirogue, d'une
île à l'autre, le island hoping (voyage
d'île en île) est une aventure inoubliable, un voyage
dans le passé. C'est d'ailleurs en 1925 que les Kunas,
las de voir leurs coutumes et leurs costumes dépouillés
par le pouvoir central de Panama, ont proclamé la Républiquede
Tule qui deviendra propriété collective des Indiens.
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Le tailleur de sons.
Danilo Pérez s'est imposé en dix ans comme
l'ambassadeur musical de Panama alors qu'il invente un rythme
qui croiserait toutes les musiques du monde, jazz compris. |
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