LE RYTHME
GAGNANT DE CHUCHUMBE
Le groupe vedette de la tradition
de Vera Cruz confirme sa réputation en emportant
l'adhésion du public du festival gavé de musique
locale.
Les rues, les places, les tavernes sont noires de monde, ou
plutôt rouges. La plupart des visiteurs arborent des T-shirts
rouges : aujourd'hui, c'est le lâcher de taureaux dans les rues,
le plus fort moment de la fiesta de Tlactotalpan, petite ville
au sud de Vera Cruz, à une heure route, habituellement. Il faut
le double aujourd'hui pour rallier cette ville historique saisie
par une fête taurine, une fièvre alcoolisée et une ferveur religieuse.
Les rues aux façades vives de Tlactotalpan fêtent début février
la Candelaria, la chandeleur. Orchestres de mariachis et groupes
de son jarocho, la tradition de Vera Cruz se disputent les faveurs
des clients attablés aux terrasses des restaurants.
Cette occasion de croiser feria arrosée (pléonasme) et cérémonie
mystique constitue aussi un drôle de festival : la place Doña
Marta accueille les 25e Rencontres de jaraneros, musiciens traditionnels,
et de decimas, les poètes jouteurs de la région. Chaque groupe
a de quatre à douze minutes, selon sa réputation, pour convaincre
le public. La scène est adossée à l'une des trois églises du
centre de Tlacotalpan. Une trentaine de groupes doivent se succéder
par soirée. C'est la seule occasion d'écouter sur une scène
publique Chuchumbé au complet. Douze minutes seulement pour
séduire une délégation venue de Paris. Les Chuchumbé sont programmés
au milieu de la nuit. Entre deux présentations et encouragements
de l'animateur du podium, la sono peine à cracher de manière
plus ou moins distincte le rythme soutenu des jaraneros parfois
venus de loin pour affronter la cruelle indifférence d'un public
saturé de son jarocho, la tradition chantée et dansée du sud
de Vera Cruz. Ces conditions aléatoires font craindre le pire
pour Chuchumbé. Enfin arrive son tour. Notre groupe s'installe
sur scène, la liquette toujours claire, le chapeau vissé sur
le crâne. La psalmodie commence sur un rythme lent, puis le
jeu s'accélère, en énergie pure. Miracle, le son devient clair,
les instruments distincts. La technologie n'y est pour rien.
Leopoldo Novoa Matallana, Zenén Zeferino Huervo, Andrès Flores
Rosas, Félix " Liche " Oseguera Rueda, Patricio Hidalgo Belli
et Rubí Oseguera Rueda jouent et chantent une musique déroutante.
Si ce n'était la langue, on croirait, par moments, le rythme
hispanisé d'un chaâbi nord-africain plus passionné sous les
latitudes mexicaines. Une musique de griots lancinante comme
une transe que le public applaudit chaleureusement. L'intensité
de l'applaudimètre ne trompe pas sur la réputation de Chuchumbé
auprès d'un public pourtant gavé depuis deux soirs de suite
de son jarocho.
" Nous jouons de la jarana et des autres guitares tel le
requinto, comme d'un oud. Le son jarocho est bien sûr un mélange
d'influences espagnoles, africaines et caribéennes ", explique
Leopoldo, érigé en porte-parole du groupe -il a fait un stage
à l'Ircam de Paris.
Formé en 1991 à Coatzacalcos, Chuchumbé perpétue la tradition
ancestrale en exhumant les chansons oubliées qu'ils enseignent
aux nouvelles générations. D'ailleurs, le mot chuchumbé remonte
à l'époque où l'Inquisition torturait les Indiens fraîchement
convertis pour leur faire confesser des pêchés qu'ils ne comprenaient
pas et que les scriptes notaient scrupuleusement. On a su quelques
siècles plus tard qu'un mot indien revenait trop fréquemment
dans les aveux, chuchumbé. Il désignait le sexe masculin.
Les 26 et 27 mars à 20h30
à la Maison des cultures du monde,
101 bd Raspail - 75006.
Le 28 mars à 17h
au Théâtre équestre de Zingaro,
176 avenue Jean- Jaurès - 93300 Aubervilliers.
Rens.,01 45 44 72 30. Alès, le 23 mars, Le Cratère. Lyon, le
2 avril, Opéra.
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| LA
FOLLE AUTOMOVIL |
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La huitième édition du festival
de l'Imaginaire consacre à deux reprises la culture mexicaine,
traditionnelle avec le groupe Chuchumbé et contemporaine avec
El Automóvil gris, un spectacle hardi qui croise cinéma
mexicain et théâtre japonais. Claudio Valdès Kuri a repris les
bandes rescapées du plus important film muet du cinéma mexicain
pour lui appliquer le traitement du benshi. C'est-à-dire un
théâtre minimaliste du Japon remontant à l'époque où des comédiens,
accompagnés au piano, jouaient dans les salles obscures avec
leur voix les dialogues supposés des films non parlants projetés
simultanément. El Automóvil gris réalisé en 1915 par Enrique
Rosas relate les méfaits d'une célèbre bande de la pègre de
Mexico au début du XXe siècle. Au cinéma de l'Alliance française
de la mégapole mexicaine, ils sont quatre au bas de l'écran,
trois comédiens penchés sur leur pupitre dans le noir et une
pianiste. Le film commence, un dialogue en japonais restitue
les échanges muets sur l'écran entre les acteurs. La langue
dérape en français, redevient japonaise puis espagnole, lâche
des diatribes en anglais. C'est le tournis des idiomes. Les
acteurs du film sont sans cesse trahis : les dialogues racontent
des âneries, miment des chiens, redeviennent " sérieux ", patinent
à nouveau. La salle est pliée de rires. Même, les plus fidèles
des dialogues semblent évoquer la situation du Mexique actuel,
corruption, violence... Chacun prend ce qu'il veut dans cette
collision surréaliste dans le temps.
Les 30 et 31 mars et le 1er avril à 20h30
Maison des cultures du monde,
101 bd Raspail - 75006,
01 45 44 72 30. |
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