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Virginia Rodrigues

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LE RYTHME GAGNANT DE CHUCHUMBE

Le groupe vedette de la tradition de Vera Cruz confirme sa réputation en emportant l'adhésion du public du festival gavé de musique locale.

Les rues, les places, les tavernes sont noires de monde, ou plutôt rouges. La plupart des visiteurs arborent des T-shirts rouges : aujourd'hui, c'est le lâcher de taureaux dans les rues, le plus fort moment de la fiesta de Tlactotalpan, petite ville au sud de Vera Cruz, à une heure route, habituellement. Il faut le double aujourd'hui pour rallier cette ville historique saisie par une fête taurine, une fièvre alcoolisée et une ferveur religieuse. Les rues aux façades vives de Tlactotalpan fêtent début février la Candelaria, la chandeleur. Orchestres de mariachis et groupes de son jarocho, la tradition de Vera Cruz se disputent les faveurs des clients attablés aux terrasses des restaurants.

Cette occasion de croiser feria arrosée (pléonasme) et cérémonie mystique constitue aussi un drôle de festival : la place Doña Marta accueille les 25e Rencontres de jaraneros, musiciens traditionnels, et de decimas, les poètes jouteurs de la région. Chaque groupe a de quatre à douze minutes, selon sa réputation, pour convaincre le public. La scène est adossée à l'une des trois églises du centre de Tlacotalpan. Une trentaine de groupes doivent se succéder par soirée. C'est la seule occasion d'écouter sur une scène publique Chuchumbé au complet. Douze minutes seulement pour séduire une délégation venue de Paris. Les Chuchumbé sont programmés au milieu de la nuit. Entre deux présentations et encouragements de l'animateur du podium, la sono peine à cracher de manière plus ou moins distincte le rythme soutenu des jaraneros parfois venus de loin pour affronter la cruelle indifférence d'un public saturé de son jarocho, la tradition chantée et dansée du sud de Vera Cruz. Ces conditions aléatoires font craindre le pire pour Chuchumbé. Enfin arrive son tour. Notre groupe s'installe sur scène, la liquette toujours claire, le chapeau vissé sur le crâne. La psalmodie commence sur un rythme lent, puis le jeu s'accélère, en énergie pure. Miracle, le son devient clair, les instruments distincts. La technologie n'y est pour rien. Leopoldo Novoa Matallana, Zenén Zeferino Huervo, Andrès Flores Rosas, Félix " Liche " Oseguera Rueda, Patricio Hidalgo Belli et Rubí Oseguera Rueda jouent et chantent une musique déroutante. Si ce n'était la langue, on croirait, par moments, le rythme hispanisé d'un chaâbi nord-africain plus passionné sous les latitudes mexicaines. Une musique de griots lancinante comme une transe que le public applaudit chaleureusement. L'intensité de l'applaudimètre ne trompe pas sur la réputation de Chuchumbé auprès d'un public pourtant gavé depuis deux soirs de suite de son jarocho.

" Nous jouons de la jarana et des autres guitares tel le requinto, comme d'un oud. Le son jarocho est bien sûr un mélange d'influences espagnoles, africaines et caribéennes ", explique Leopoldo, érigé en porte-parole du groupe -il a fait un stage à l'Ircam de Paris.

Formé en 1991 à Coatzacalcos, Chuchumbé perpétue la tradition ancestrale en exhumant les chansons oubliées qu'ils enseignent aux nouvelles générations. D'ailleurs, le mot chuchumbé remonte à l'époque où l'Inquisition torturait les Indiens fraîchement convertis pour leur faire confesser des pêchés qu'ils ne comprenaient pas et que les scriptes notaient scrupuleusement. On a su quelques siècles plus tard qu'un mot indien revenait trop fréquemment dans les aveux, chuchumbé. Il désignait le sexe masculin.

Les 26 et 27 mars à 20h30
à la Maison des cultures du monde,
101 bd Raspail - 75006.

Le 28 mars à 17h
au Théâtre équestre de Zingaro,
176 avenue Jean- Jaurès - 93300 Aubervilliers.

Rens.,01 45 44 72 30. Alès, le 23 mars, Le Cratère. Lyon, le 2 avril, Opéra.

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LA FOLLE AUTOMOVIL
La huitième édition du festival de l'Imaginaire consacre à deux reprises la culture mexicaine, traditionnelle avec le groupe Chuchumbé et contemporaine avec El Automóvil gris, un spectacle hardi qui croise cinéma mexicain et théâtre japonais. Claudio Valdès Kuri a repris les bandes rescapées du plus important film muet du cinéma mexicain pour lui appliquer le traitement du benshi. C'est-à-dire un théâtre minimaliste du Japon remontant à l'époque où des comédiens, accompagnés au piano, jouaient dans les salles obscures avec leur voix les dialogues supposés des films non parlants projetés simultanément. El Automóvil gris réalisé en 1915 par Enrique Rosas relate les méfaits d'une célèbre bande de la pègre de Mexico au début du XXe siècle. Au cinéma de l'Alliance française de la mégapole mexicaine, ils sont quatre au bas de l'écran, trois comédiens penchés sur leur pupitre dans le noir et une pianiste. Le film commence, un dialogue en japonais restitue les échanges muets sur l'écran entre les acteurs. La langue dérape en français, redevient japonaise puis espagnole, lâche des diatribes en anglais. C'est le tournis des idiomes. Les acteurs du film sont sans cesse trahis : les dialogues racontent des âneries, miment des chiens, redeviennent " sérieux ", patinent à nouveau. La salle est pliée de rires. Même, les plus fidèles des dialogues semblent évoquer la situation du Mexique actuel, corruption, violence... Chacun prend ce qu'il veut dans cette collision surréaliste dans le temps.

Les 30 et 31 mars et le 1er avril à 20h30
Maison des cultures du monde,
101 bd Raspail - 75006,
01 45 44 72 30.

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 Le son de Vera Cruz

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