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MER POLYCHROME

Réputées parc à touristes de luxe, les Bahamas recèlent d'innombrables endroits magiques, méconnus et accessibles qui donnent à l'archipel sa réputation de paradis balnéaire.

Avec 700 îles affleurant à la surface d'une mer aux reflets turquoise, à l'est de la Floride, les Bahamas constituent une destination exotique dont la simple évocation provoque un vif sentiment de frustration quand on subit la grisaille de l'hiver européen. Malgré leurs plages magnifiques, les Bahamas, dont seulement 29 îles sont véritablement habitées, possèdent un charme indéniable, mais restent largement méconnues par la majorité des voyageurs français. Vue de notre côté de l'Atlantique, cette destination reste affublée de nombreux clichés à la dent dure : trop onéreuse, trop jet set, accessible uniquement aux propriétaires de yachts luxueux et jets privés. Pourtant, l'archipel offre un autre visage qui nécessite cependant un petit effort financier : 30 % en moyenne de plus que pour les autres îles des Caraïbes. Ce n'est pas un énorme sacrifice au regard des multiples attraits qu'offre la destination. Si l'expression de " paradis balnéaire " est bien souvent utilisée à tort pour des dizaines de destinations, dans le cas des Bahamas, elle n'a rien de galvaudé. A moins de n'aimer ni l'eau, ni le soleil, cet archipel offre l'une des plus belles cures anti-stress qui puissent s'imaginer avec ses divers plages et îlots déserts baignés par un soleil omniprésent conjugué à l'exploration d'un monde sous-marin fascinant, aux plaisirs de jeux aquatiques ou terrestres, aux régals d'un bon repas de fruits de mer précédé d'un verre de rhum. Si l'on s'éloigne des deux grands centres touristiques, Nassau et Grand Bahama, où le tourisme de masse a effectivement laissé son empreinte (bien que dans des proportions relativement raisonnables), on trouvera une multitude de plages calmes et splendides ourlant des îles de rêve, pourvues d'infrastructures hôtelières allant de la discrète maison d'hôtes à l'hôtel de luxe. Par son étendue et sa configuration, l'archipel des Bahamas ne se découvre pas en une semaine. En terme d'importance, l'île de New Providence s'impose comme un lieu de passage obligé pour tout visiteur venant de l'étranger. Malgré une superficie extrêmement modeste (374 km²), l'île abrite les deux tiers de la population concentrée autour de Nassau, la capitale, qui possède encore de nombreuses maisons coloniales et vestiges témoignant de son passé britannique. Elle croise un curieux mélange de mercantilisme américain, d'atmosphère anglaise et de nonchalance tropicale. On aura vite fait de visiter la ville, dont l'artère principale, Bay Street, est assaillie par les passagers des bateaux de croisière qui viennent y faire escale régulièrement. New Providence est non seulement incontournable d'un point de vue pratique grâce à son aéroport international, mais aussi parce qu'elle abrite quelques belles plages et attractions qui méritent le coup d'oeil, dont Cable Beach, la Riviera locale : une longue plage bordée de grands complexes hôteliers. A l'est de la capitale, reliée par un pont à péage, s'étend la petite île de Paradise Island sur laquelle se dresse l'un des hôtels les plus spectaculaires au monde : le complexe Atlantis. Une construction mégalo de 2 300 chambres qui abrite de nombreuses attractions aquatiques, et surtout le plus important aquarium tropical de la planète. A la cohue touristique, qui prévaut sur les îles de New Providence ou Grand Bahama, l'autre grand pôle touristique situé à 170 km au nord, on préfère les Out Islands, îles propices au farniente.

Lorsqu'on atterrit sur le petit aéroport de Long Island, difficile de ne pas être impressionné par l'activité aérienne qui y règne. Une piste d'à peine un kilomètre, quelques bâtiments de plain-pied, aucune tour de contrôle : a priori, l'endroit ne paie pas de mine. Pourtant la densité du trafic est y impressionnante. Il faut dire que les Bahamas sont le lieu de prédilection de ce que les Américains appellent l'island hopping, une activité qui consiste à parcourir l'archipel d'île en île par la voie des airs, au gré de ses envies. Grâce à une multitude d'aéroports, l'avion est incontestablement la meilleure manière de se déplacer, ne serait-ce que pour apprécier les dégradés de couleurs époustouflants qu'offre la mer et ses innombrables hauts-fonds. Bien sûr, tout le monde n'a pas la chance de posséder un avion privé, mais plusieurs compagnies assurent des liaisons de plusieurs vols quotidiens vers de nombreuses îles. Nichée au coeur de l'archipel, Long Island : bout de terre verdoyant bordé d'un littoral intact. Sa partie ouest offre une succession de baies tranquilles, tandis qu'à l'Est se dresse un relief abrupt. L'île est à l'image de la plupart de celles qui composent les " îles extérieures ", tranquille et idyllique. C'est l'autre visage des Bahamas, la face intimiste et totalement dépaysante. Ici, on ne fréquente pas les night-clubs, on ne joue pas dans les casinos, pas plus qu'on ne fait du shopping dans des centres commerciaux. Les paysages qu'offrent les Out Islands sont peu ou prou les mêmes qu'à leur découverte, il y a cinq siècles, par Christophe Colomb. Et comme lui, on s'émerveillera à la vue d'Exuma, archipel aux 365 îles, célèbre pour ses régates de bateaux traditionnels et ses lieux de mouillage paisibles. Ou celle des Abacos, royaume de la navigation de plaisance, qui s'étire sur 210 km au sud-est de Grand Bahama. Les Abacos possèdent de superbes marinas et parmi les plus belles plages des Bahamas, dont Treasure Cay. Les Biminis, tout près de la Floride, restent l'une des destinations préférées des amateurs de pêche au gros et offrent de très beaux spots de plongée. Andros, la plus grande île bahamienne, située juste à l'ouest de New Providence, offre elle aussi des plages de rêve, la troisième barrière de corail au monde et des grottes aux dimensions de cathédrales. A l'opposé d'Andros, Eleuthera fascine avec ses criques tranquilles dont l'eau est d'un bleu-vert incroyablement profond. Accessible en deux heures de ferry depuis Nassau, mais aussi en avion (avec 5 minutes de navette maritime), la charmante île de Harbour, au nord-est d'Eleuthera, séduira les amateurs d'hôtellerie de charme et de bonnes tables. Véritable curiosité, Pink Sands, la plage principale de Harbour, est recouverte de sable rose. Inagua, tout au sud, offre un spectacle unique au monde, très prisé des ornithologues, elle abrite une colonie d'environ 60 000 flamants roses. Enfin, particulièrement appréciée des connaisseurs, Cat Island, est l'une des îles les plus authentiques et sympathiques de l'archipel. " Une dernière consigne : en cas d'attaque de requin, tous les plongeurs doivent former un cercle de protection autour du moniteur… Ce dernier doit survivre puisque c'est le seul à pouvoir rédiger le rapport d'accident ! ", lance le moniteur, suivi d'un éclat de rire général. Sur le bateau, chacun se lève, palmes aux pieds, impatient de se lancer dans l'élément liquide. Sur les épaules, les bouteilles gonflées à 200 bars semblent peser une tonne. A quelques encablures, de l'autre côté d'un bandeau de mer couleur céladon, une magnifique plage de sable blanc s'étire le long du rivage de l'île de San Salvador, le premier lieu d'escale supposé de Christophe Colomb. Bascule arrière, premier contact avec l'eau, premières sensations, et premier coup d'oeil en bas : le sable à plus de quinze mètres de profondeur semble presque à portée de main tant la visibilité est d'une transparence exceptionnelle. Une chose est sûre, les Bahamas ne décevront pas les inconditionnels du monde du silence. On peut y pratiquer tous les types de plongées. La palanquée frôle le sable immaculé, s'attarde pour observer une raie pastenague accompagnée de son poisson-pilote, puis se dirige vers le tombant. Brusquement, au détour d'une arche rocheuse, le décor se métamorphose : sous nos corps en suspension, la pente de sable a brutalement disparu, pour se perdre dans le néant, dégradé de bleu qui vire du plus profond au noir. La sensation est vertigineuse. Le spectacle est en technicolor, le casting digne d'une super production : barracudas, mérous, murènes, tortues, raies…

En matière de plongée, chaque île bahamienne propose ses propres spécificités géologiques et fauniques. San Salvador et Andros sont réputées pour leurs tombants, Long Island et Exuma pour leurs mérous et tortues, Nassau ou Grand Bahama pour leurs trous bleus. Il suffit de songer qu'au total on recense plus de trois mille îles et formations coralliennes à demi immergées pour imaginer les innombrables possibilités qui s'offrent aux amateurs de plongée. Du paisible snorkelling (avec tuba) à la plongée extrême, de la découverte du monde corallien à celle des requins (Walker's Cay, New Providence) et des dauphins (Grand Bahama, Biminis), les perspectives sont à couper le souffle.

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