RENCONTRE
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| Virginia Rodrigues |
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NOTRE SELECTION
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| Electronica brésilienne |
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LE
PRIX DU SILENCE
La pakistanaise Sabiha Sumar met en scène le drame des
femmes enlevées petites filles entre Inde et Pakistan.
Saluons d'abord la sortie en salle de ce film venu d'une région,
d'une culture dont la plupart des longs-métrages, susceptibles
d'intéresser le public occidental, restent définitivement méconnus
faute de distribution internationale. La presque totalité des
films intéressant issus du monde musulman, notamment, finissent
par mourir dans le ghetto des festivals, des plus connus aux
plus obscurs, bien que parfois bardés de divers prix de distinction.
Sabiha Sumar met en scène une double violence faite aux femmes
à travers un drame villageois quand de vieux secrets surgissent
au grand jour. Dans un petit village du Pendjab, Aïcha est une
veuve quadragénaire, pour qui seul compte son fils de 18 ans.
Salim est amoureux de Zoubida dans un Pakistan de la fin des
années 70, qui vient de passer sous la dictature du général
Zia-ul-Haq. La radicalisation islamique se développe. Salim
délaisse Zoubida, séduit par un groupe d'islamistes. Des Sikhs
viennent d'Inde en pèlerinage dans le Pendjab. L'un deux tente
de retrouver sa soeur, Virou, que les musulmans avaient kidnappée
lors de la partition de l'Inde en 1947. Le passé fait alors
irruption.
La cinéaste s'inspire de ces innombrables femmes et filles enlevées
de chaque côté de la fraîche frontière séparant l'Inde du Pakistan
par la partie adverse. Ces filles ont été contraintes d'épouser
leur ravisseur, voire d'embrasser sa religion. Elles ont eu
une nouvelle vie, des enfants dont elle ne peuvent se séparer.
Sabiha Sumar rappelle ainsi cette nouvelle douleur, cette seconde
mortification que beaucoup de femmes ont connue quand fut instaurée
la Commission de récupération, une mission officielle entre
les deux pays, qui voulait sincèrement " rectifier les erreurs
du passé " en rendant chaque femme enlevée jadis à son pays
d'origine alors que son enfant devait rester sur la terre qui
l'a vu naître, auprès de son père. Aïcha, en fait Virou, doit
traverser ce nouveau drame quand son fils, qui est toute sa
vie, se jette dans les bras de l'intégrisme musulman. Elle mène
un nouveau combat identitaire, alors que la petite fiancée Zoubida
voit ses sentiments malmenés par la montée islamiste. D'ailleurs,
le film repose beaucoup sur le jeu de l'actrice indienne Kirron
Kher qui a obtenu le Léopard d'Or 2003 de la meilleure interprète
féminine au festival de Locarno.
Dans Khamosh Pani (les eaux du silence en français),
Sabiha Sumar privilégie le point de vue des femmes, évoquant
la fragilité de leur statut ou comment leurs désirs, leur vie
peuvent être niés du jour au lendemain. Il faut dire que la
cinéaste a souvent travaillé avec les femmes les plus défavorisées,
celles jetées en prison, celles qui se battent pour la garde
de leurs enfants ou pour les droits les plus élémentaires. En
mettant en scène la vulnérabilité des femmes, Khamosh Pani révèle
paradoxalement leur force intérieure.
Bouziane DAOUDI
Réalisation : Sabiha Sumar, scénario : Paromita Vohra. France-Allemagne-Pakistan,
99 mn. Léopard de la meilleure actrice au festival de Locarno.
Avec Kirron Kher, Aamir Malik, Arshad Mahmud. Distr. Les Films
du Losange.
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