WOODSTOCK
SUR LES DUNES
Après quatre ans d
’existence, le festival au désert près de Tombouctou devient
une rencontre courue entre stars et artistes méconnus du Nord
et du Sud.
Il y a trois ans, le groupe angevin Lo'Jo lançait le pari un
peu fou d'organiser un festival dans le désert malien. L' a
venture a si bien réussi, que le collectif d'Angers a décidé
de s'en retirer pour laisser ses partenaires de l'association
targui Efes gérer eux-mêmes la manifestation. La quatrième édition
s'est déroulée en janvier dernier avec des têtes d'affiche tels
qu'Amadou et Mariam, Manu Chao, Afel Bocoum et son complice
Damon Albarn, leader du groupe anglais Blur, Oumou Sangare,
les Touareg de Tinariwen, Habib Koité, Ali Farka Touré et la
mauritanienne Dimi Mint Abba. Organiser une telle rencontre
au milieu du désert relevait du grand défi sponsors internationaux,
médias occidentaux, comme la BBC forte d'une équipe de quinze
personnes et cinq caméras de télévision.
Après le succès de l'édition de l'an passé, marqué par la présence
de l'ancien chanteur du Led Zeppelin, Robert Plant, les bailleurs
de fonds de la Communauté européenne ont souhaité installer
la manifestation sur un site définitif, à Essakane. Dans cette
oasis située à soixante-dix kilomètres de Tombouctou, ont été
aménagés, pour l'occasion, une scène en dur, des toilettes et
des douches. Des améliorations susceptibles, dans un second
temps, d'être la base d'un camp de vacances pour Européens en
mal de sensations fortes dans ce désert malien longtemps à l'écart
des flux touristiques en raison de la rébellion des Tamachek,
les Touareg du Mali.
Pour atteindre le site, il faut deux bonnes journées de 4x4
au départ de Bamako ou une sur les pistes en quittant Mopti,
voire deux jours de chameau depuis Tombouctou.
Manu Chao, lui, a mis six heures pour relier Essakane à Tombouctou,
la ville aux 333 saints, accumulant les incidents techniques
d'un Paris-Dakar mais profitant également de la beauté du Nord
malien, qui commence dès le franchissement du fleuve Niger.
Cette saison, Manu est la star européenne du festival. Mettant
à profit les deux jours de route séparant Bamako d'Essakane,
il a tourné des images pour le DVD qui accompagnera l'album
qu'il enregistre actuellement avec l'ex- " couple aveugle
du Mali ", entre Paris et Bamako.
Autre tête d'affiche pour une bonne moitié des spectateurs,
les Tinariwen forment désormais un groupe vétéran de cette réunion
après trois premières participations. Mais ce festival de nomades,
à l'origine a très vite grandi après le succès de l'édition
2003, pérennisé par la sortie l'été dernier d'un album live
(Festival au désert) qui a permis au public occidental de découvrir
la magie de ce petit Woodstock des sables.
Logé comme tous les spectateurs sous une tente targui, le guitariste
Ali Farka Touré, venu presque en voisin de son village de Niafunké,
reçoit avec un large sourire comme un notable qu'il est devenu.
Candidat à la mairie de Niafunké, ce mois-ci, il doit, parallèlement
à sa campagne électorale, enregistrer à Bamako un nouvel album,
ce qui n'affole pas outre mesure ce musicien agriculteur, comme
il se présente sur sa carte de visite. Ali Farka Touré vient
donner un de ses très rares concerts depuis qu'il a annoncé
qu'il n'irait plus jouer à l'étranger. Ce sont désormais les
spectateurs européens qui font le déplacement au Mali, profitant
du voyage pour découvrir le pays Dogon et les rives du Niger
pour la plus grande joie des tours opérateurs locaux. " Quand
on parlait du désert, on pensait qu'il n'y avait plus rien après.
On croyait que c'était la faim, la soif ", avoue Afel Bocoum,
fils spirituel d'Ali Farka, venu jouer avec l'Anglais Damon
Albarn quelques titres de leur album Mali Music. Car ce festival
est l'occasion pour les artistes maliens de découvrir un peu
mieux leur pays. Eux qui vivent tous au sud du fleuve Niger
n'ont jamais eu l'occasion de venir jouer au Nord. Ainsi Oumou
Sangaré, qui s'était déjà produite l'an passé, est revenue cette
année emballée par la découverte de la région, à l'exemple du
couple Amadou et Mariam, le compositeur Boncana Maïga ou le
chanteur Cheick Tidiane Seck.
" Ce festival a vraiment été une idée fabuleuse pendant
trois ans, raconte Manu Chao. Il arrive cette année à un moment
charnière. Il a beaucoup grandi, et les nouveaux sponsors ne
comprennent pas ce qu'est la vie dans le désert, l'envie des
Tamacheks pour leur festival. Ce n'est pas moi qui le dit, ce
sont les Tamacheks eux-mêmes. C'est un festival qui connaît
une petite crise de croissance, mais cela peut être bénéfique
".
Grosse machine à l'occidentale et également rencontre entre
artistes autour d'un feu, comme Manu Chao l'a vécu clandestino
après les concerts avec les musiciens de Tinariwen et les Indiens
Navajo de Blackfire.
Il permet néanmoins à une nouvelle forme de tourisme culturel
de voir le jour dans le désert africain. Mais cette évolution
inquiète les Touaregs pour qui ce rendez-vous était avant tout
une rencontre avec des hommes venus partager leurs valeurs.
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