SOIF
DE MUSIQUES
Le festival international des Musiques nomades de
Nouakchott a eu lieu avec succès dans un pays corseté.
On n'y croyait plus vraiment. Prévu l'an dernier en avril, il
avait été annulé pour cause de guerre en Irak, suivie en juin
de tentative de putsch contre le président-colonel Ould Taya,
arrivé lui-même au pouvoir par un coup d'Etat en 1984. Malgré
tout, " il y a eu une volonté politique des autorités mauritaniennes
de maintenir le projet ", déclare Benoît Thiebergien, concepteur
et co-directeur artistique de cet événement (avec Lembarott
Ould Mohamed El Hacen et Mohamed El Michery Athié, pour les
artistes locaux), par ailleurs directeur du festival 38e
Rugissants, qui depuis quinze ans, propose à Grenoble une programmation
axée sur les " nouvelles transhumances musicales ".
Le 8 février au soir, au stade du Ksar, le festival international
des Musiques nomades peut commencer, inauguré par Dimi Mint
Abba, chanteuse en cour auprès de la présidence. Il faut dire
que le père de Dimi est l'auteur de l'hymne national mauritanien.
Issue d'une longue lignée d'iggawin (griots mauritaniens), initiée
à la harpe ardin par sa mère, elle vit à " Las Palmas
", le surnom donné ici au quartier cossu de Nouakchott... Le
public lui fait une ovation après chaque chanson. Chaque soir,
malgré le froid piquant qui règne dès le soleil couché, ils
sont plusieurs milliers à se presser devant la scène ou assis
dans les tribunes. Attentifs, heureux d'être là, de goûter à
ces plaisirs neufs qui leur sont offerts. Hormis quelques propositions
du Centre culturel français, initiateur du festival, ou la venue
parfois d'artistes du Sénégal, le concert est une denrée rare
à Nouakchott. Toutes les nuits ce sera la même affluence au
stade du Ksar pour découvrir Kaloomé, les gitans de Perpignan,
la rencontre entre le musicien chasseur du Mali Sibiri Samaké
et le maître gnaoui de Marrakech Brahim el Belkani, le griot
malien Abdoulaye Diabaté et le Diwan de Biskra, le groupe indien
Musafir et le DJ français Frédéric Galliano. Malouma, l'autre
star du pays, plutôt classée du côté de l'opposition, programmée
le dernier soir, fait évidemment, elle aussi, un tabac. Si certains
festivals organisés sur le continent africain se limitent à
présenter des spectacles dans des lieux centralisés, oubliant
les problèmes de distance, de coût de transport pour une large
part de la population, ici on a voulu aller à la rencontre des
gens, amener des musiciens au coeur des quartiers. Moments de
musique informels, organisés sous une khaïma (tente maure),
les concerts décentralisés attirent à chaque fois une nuée de
gamins joyeux, des hommes étonnés, des femmes attentives et
manifestement ravies. Il y en aura une vingtaine pendant le
festival dans les moughataas (communes) de Nouakchott, reflétant
la diversité musicale de la Mauritanie.
Patrick LABESSE (à Nouakchott)
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